Visiter Civitella del Tronto, la forteresse géante des Abruzzes
Entre Abruzzes et Marches, l'une des plus grandes forteresses militaires d'Europe fut le tout dernier bastion du royaume des Deux-Siciles à tomber, trois jours après la proclamation du royaume d'Italie.
Le 17 mars 1861, à Turin, le parlement proclame officiellement la naissance du royaume d'Italie. La péninsule est unifiée sur le papier. Dans les faits, à 600 kilomètres plus au sud, sur un éperon rocheux frontalier, des tirs d'artillerie résonnent encore.
Visiter Civitella del Tronto : la forteresse géante sur la vallée du Salinello
Depuis la route provinciale 8, en remontant la vallée du Salinello, la crête de travertin apparaît d'un bloc. À 589 mètres d'altitude, la muraille de pierre claire se confond avec la roche naturelle sur plus de 500 mètres de long.
Dès le XIIe siècle, un bourg fortifié s'installe sur cette pointe pour verrouiller visuellement la frontière très poreuse entre le royaume de Naples au sud et les États pontificaux au nord. Le contrôle des douanes y est strict.
L'édifice prend son ampleur actuelle dans la seconde moitié du XVIe siècle. Philippe II d'Espagne confie la modernisation du site à l'architecte militaire Pedro Luis Escrivà. L'ingénieur efface les anciennes bases aragonaises pour concevoir une place forte capable de résister aux tirs de canons modernes et aux sièges d'usure.
Le résultat couvre près de 25 000 mètres carrés. Le plan elliptique intègre cinq tours circulaires massives, des bastions superposés, trois immenses places d'armes et un système complexe de citernes pour récupérer l'eau de pluie.
Depuis les chemins de ronde, l'horizon est dégagé sur 360 degrés. On distingue la roche calcaire du Gran Sasso au sud, les crêtes des Monti della Laga à l'ouest, et le massif des Montagne Gemelle. Par temps clair, la ligne de la mer Adriatique ferme la perspective à l'est.
Contrairement à la Rocca Calascio, la plus haute forteresse des Apennins mais isolée sur son piton rocheux, celle de Civitella del Tronto est soudée à la crête elle-même sur toute sa longueur.
Histoire de Civitella del Tronto : le dernier bastion du royaume des Deux-Siciles
À l'automne 1860, l'armée piémontaise avance dans le sud de la péninsule dans le sillage de l'Expédition des Mille. Les structures de l'État s'effondrent, les places fortes du royaume des Deux-Siciles capitulent les unes après les autres. Civitella del Tronto choisit la résistance.
Le siège piémontais débute le 26 octobre 1860. L'armée sarde, commandée par le général Pinelli puis par le général Mezzacapo, encercle l'éperon rocheux et déploie son artillerie sur les collines adjacentes. À l'intérieur des remparts, la garnison compte entre 430 et 650 hommes selon les registres. Le commandement revient d'abord au major Luigi Ascione, puis au capitaine Giuseppe Giovine, promu colonel en cours de siège.
- Début du siège : 26 octobre 1860
- Reddition : 20 mars 1861, trois jours après la proclamation du royaume d'Italie
- Durée : environ cinq mois
- Garnison bourbonienne : 430 à 650 hommes
L'enfermement dure cinq mois. Les troupes bourboniennes encaissent les bombardements quotidiens, rationnent les vivres et subissent les températures négatives de l'hiver abruzzais à près de 600 mètres d'altitude. Les appels à la reddition envoyés par l'état-major piémontais restent sans réponse, même lorsque le roi François II quitte la forteresse de Gaète en février 1861 pour s'exiler.
Le 17 mars 1861, le royaume d'Italie est officiellement proclamé. La garnison de Civitella continue pourtant de tirer au canon. L'eau croupit dans les citernes, la poudre manque. La forteresse capitule finalement le 20 mars 1861.
Ce décalage de trois jours entre la naissance politique de l'Italie et la reddition de la garnison inscrit la ville dans l'histoire militaire : c'est très exactement la dernière place forte du royaume des Deux-Siciles à hisser le drapeau blanc.
Que voir au Museo delle Armi dans les anciennes casernes ?
Aujourd'hui, l'expérience physique de la forteresse commence par la montée de la rampe d'accès pavée. Le vent souffle fort sur la Place d'Armes principale. Les pas résonnent dans les longs couloirs de pierre des anciens quartiers militaires. Le bâtiment central qui logeait la troupe abrite désormais le Museo delle Armi.
La collection documente directement le rapport de force matériel du siège de 1861. Les présentoirs alignent les fusils à canon rayé de l'armée piémontaise, précis et modernes, face aux armes à silex vieillissantes et hétéroclites de la garnison bourbonienne. On y trouve aussi les casques lourds, les baïonnettes usées par les cinq mois de blocus et de lourdes arquebuses du XVe siècle.
- 📍 Adresse : Largo Vinciguerra, 64010 Civitella del Tronto (TE)
- 🎫 Billet plein tarif : 6 €
- 🅿️ Parking : gratuit au pied du village, montée à pied ensuite
Au centre d'une pièce repose un cippe frontalier sculpté dans le travertin. Cette grosse borne de pierre marquait physiquement l'ancienne ligne de démarcation avec les États pontificaux.
Une anecdote illustre la confusion des mois qui ont suivi la chute de la ville. Dans le bourg se trouvait la colonne dite « del Cavaliere », un petit monument marquant cette même frontière. En 1861, des officiers piémontais l'emportent comme butin de guerre, persuadés de voler une œuvre originale du sculpteur Antonio Canova.
L'erreur d'attribution est confirmée une fois la colonne arrivée à Ancône. La pièce est abandonnée dans un entrepôt militaire pendant plus de quinze ans avant d'être restituée à la commune en 1876, amputée de plusieurs éléments. Elle est posée aujourd'hui sur le Largo Pietro Rosati.
Se promener dans le centre historique et la Ruetta
Préparez vos mollets : le bourg n'est qu'une longue succession de ruelles escarpées accrochées à la roche. L'urbanisme obéit à la topographie dictée par la forteresse. Le village s'étire en longueur sur la crête étroite, avec une seule artère principale bordée de hautes maisons de pierre aux portes cintrées.
© maury3001 / Wikimedia Commons, CC BY 3.0
Le tracé a été pensé comme un piège pour ralentir d'éventuels assaillants en cas de brèche dans les défenses basses. Le meilleur exemple est la « Ruetta ». Les relevés indiquent une largeur de quarante centimètres à son point le plus resserré.
© maury3001 / Wikimedia Commons, CC BY 3.0
Il faut avancer de profil sur plusieurs mètres, les épaules frottant presque contre les deux murs de pierre sombre. Elle est considérée comme l'une des rues les plus étroites d'Italie, en concurrence directe avec une ruelle de Ripatransone.
Près de la place principale, le Museo NINA, ou Museo delle Arti Creative Tessili, occupe d'anciens locaux médiévaux qui abritaient autrefois le four communal de la ville. La collection rassemble plus de 3 000 pièces : robes, uniformes militaires, bijoux et tissus, du XVIIIe siècle jusqu'au lendemain de la Première Guerre mondiale.
Elle porte le nom de Gaetana « Nina » Graziani Scesi, dont la famille a rassemblé ces pièces sur plusieurs générations. L'entrée est possible via le Corso Giacomo Mazzini, au numéro 75.
Explorer les Gorges du Salinello : l'excursion nature
À dix minutes de route du centre de Civitella, le paysage bascule. La rivière Salinello a creusé un canyon profond entre les Montagne Gemelle. Le sentier des Gorges du Salinello longe des parois calcaires à l'ombre presque toute la journée, avec plusieurs bassins d'eau claire sur le parcours.
Le point de départ classique se situe dans le petit hameau de Ripe di Civitella. Un parking aménagé permet de laisser son véhicule. Le sentier descend d'abord fortement vers le lit de la rivière à travers les bois.
La première étape, accessible en une trentaine de minutes, mène à la cascade de « Lu Caccheme » (la marmite). L'eau fait un saut de 35 mètres pour plonger dans un petit lac vert émeraude bordé de roches blanches.
© Bouke ten Cate / Wikimedia Commons, CC BY 4.0
Les marcheurs équipés de bonnes chaussures peuvent poursuivre la boucle complète, qui demande environ deux heures de marche sans difficulté technique majeure. Le chemin grimpe le long des falaises jusqu'à la Grotta di Sant'Angelo, un ancien monastère rupestre préhistorique taillé directement dans la roche, utilisé par les ermites pendant des siècles. L'humidité y est constante.
Où manger à Civitella del Tronto ? Timballo et spécialités locales
La province de Teramo possède une identité culinaire qui tranche avec la cuisine côtière des Abruzzes. Le plat de référence est le timballo teramano. Contrairement aux versions napolitaines ou siciliennes montées avec des macaronis, le timballo local empile des couches de crêpes fines appelées scrippelle, garnies de viande hachée, de petits pois, de fromage et parfois de petits artichauts, puis cuites au four jusqu'à ce que la croûte dore.
Pour goûter ce plat, réservez une table au Ristorante Colle Santamaria, à trois minutes de route de la forteresse. La terrasse panoramique donne sur la vallée, jusqu'à la mer Adriatique par temps clair. La carte affiche le timballo teramano, les ceppe faites maison et les mazzarelle teramane, des abats d'agneau roulés dans des feuilles de laitue et cuits à la poêle.
- 📍 Adresse : Via Generale Galvanigi, Civitella del Tronto
- 📞 Réservation : 0861 918210
Les bergers des Montagne Gemelle fournissent les pecorinos vendus dans les épiceries de la rue principale. Les meules sont affinées plusieurs mois jusqu'à obtenir une pâte cassante au goût piquant.
Si vous passez le 1er mai, les restaurants du village servent les « virtù ». Cette soupe paysanne liquide les restes de légumes secs de l'hiver en y ajoutant les premiers légumes frais du printemps et diverses formes de pâtes coupées.
Où dormir à Civitella del Tronto ?
Le village demande du temps pour être exploré correctement, surtout en ajoutant la randonnée dans les gorges. Dormir sur place permet de profiter de la vue sur le Gran Sasso au lever du soleil, avant l'arrivée des visiteurs d'un jour.
- À l'intérieur des murs du bourg, vue sur la vallée depuis plusieurs chambres
- Restaurant sur place, 24 chambres
- Voiture à laisser sur les parkings publics en contrebas, hors des murs
- Comptez 60 à 80 € la nuit. Voir les disponibilités sur Booking.com
- Établissement rénové, chambres climatisées avec balcon
- Restaurant et jardin sur place, parking gratuit
- À environ 3 km du centre historique
- Comptez 50 à 70 € la nuit. Voir les disponibilités sur Booking.com
Comment organiser sa visite ?
Un véhicule de location est recommandé pour cette excursion : les passages des bus régionaux de la compagnie TUA restent sporadiques sur ces routes de l'arrière-pays. Comparez les tarifs sur Rentalcars.
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