Scanno, le village des photographes et le lac en forme de cœur
Entre ruelles médiévales et lac en forme de cœur, ce village de la Valle del Sagittario a inspiré Cartier-Bresson et continue d'attirer les photographes.
En 1951, Henri Cartier-Bresson séjourne dans les Abruzzes et y réalise l'une des photographies italiennes les plus célèbres du XXe siècle, aujourd'hui exposée au MoMA de New York. Ce décor minéral intact, c'est Scanno.
Visiter le centre historique de Scanno : ruelles, architecture et cemmause
On n'arrive pas à Scanno par hasard. Perché à 1 050 mètres d'altitude en haut de la Valle del Sagittario, à la croisée de deux provinces de L'Aquila, le village exige un effort de conduite. Si vous louez une voiture pour parcourir les Abruzzes, passez par Rentalcars pour comparer les flottes locales et obtenir les meilleurs tarifs.
L'approche depuis Sulmona via la route régionale SR479 donne la mesure de l'isolement du lieu. La chaussée se rétrécit, s'engouffre dans des tunnels mal éclairés taillés à même la roche et longe des précipices au fond desquels coule la rivière Sagittario. Au bout de cette ascension de trente minutes, le paysage s'ouvre sur un tissu urbain dense et resserré, conçu pour retenir la chaleur l'hiver et bloquer les vents tranchants de la montagne.
© Angelorenzi / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Le centre historique a conservé une structure quasi médiévale. L'espace plat n'existe pas : les ruelles pavées montent et descendent en pente raide, coupées par des arcs de soutènement en pierre qui relient les façades entre elles pour consolider les bâtiments contre les séismes.
La signature architecturale de Scanno saute aux yeux dès les premiers mètres : les « cemmause ». Ces escaliers extérieurs en pierre claire montent directement depuis la rue jusqu'à l'entrée des pièces à vivre au premier étage, tandis que le rez-de-chaussée, souvent voûté et aveugle, servait traditionnellement d'étable ou d'atelier.
Les portes d'entrée en bois massif sont surmontées d'armoiries sculptées. Ces portails témoignent d'une époque florissante, entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, où les riches familles de bergers ont construit des palazzi imposants.
La richesse de Scanno s'est bâtie sur la transhumance. Chaque automne, des millions de moutons quittaient ces montagnes pour descendre vers les plaines plus clémentes des Pouilles, et les baroni de Scanno en tiraient des revenus conséquents, réinvestis dans la pierre du village.
Garez-vous en contrebas et marchez : les voitures restent à l'extérieur du centre ancien. La lumière peine à atteindre le bas des murs étroits, créant des jeux d'ombres tranchées sur les pavés polis par les siècles.
Pourquoi Scanno est-il le village le plus photographié d'Italie ?
L'histoire moderne de Scanno s'écrit en chambre noire. Quand Henri Cartier-Bresson débarque ici en 1951, l'Italie du Sud panse encore les plaies de la guerre, et il y réalise son image des femmes en costume traditionnel. Ce cliché déclenche une réaction en chaîne : dans les décennies suivantes, Mario Giacomelli, Gianni Berengo Gardin ou la photographe allemande Hilde Lotz-Bauer viennent poser leurs objectifs dans ces mêmes pentes.
© Archivio Sergio Paolo Sciullo della Rocca / Wikimedia Commons, Attribution
Ils ne venaient pas pour l'architecture, mais pour les habitantes. Pendant des siècles, l'économie pastorale imposait aux hommes de s'absenter neuf mois par an pour suivre les troupeaux vers le sud, et les femmes géraient le village, l'économie locale et les familles.
Cette indépendance forcée s'est accompagnée du maintien d'un costume féminin endémique, l'un des mieux conservés d'Italie.
La robe de Scanno est austère et d'un noir profond, teinte avec des pigments naturels. La jupe ample, la « gonna », pèse plusieurs kilos de laine locale filée serrée, et le buste est comprimé dans un « corpetto » structuré. Sur la tête, les femmes portent une coiffe très spécifique en forme de turban, adaptée au froid montagnard.
Sur les clichés argentiques des années 50, ces silhouettes sombres contrastent violemment avec la chaux blanche des arcs.
Scanno abrite encore aujourd'hui quelques femmes âgées qui portent cet habit au quotidien, hors de toute célébration folklorique. Vous pouvez les croiser vers 7h30, allant chercher leur pain ou se rendant à la messe. Les objectifs des smartphones ont remplacé les Leica, mais la lumière rasante de fin d'après-midi sur les murs en pierre exige toujours la même attention.
Que ramener de Scanno : les bijoux Presentosa et la dentelle au tombolo
L'isolement géographique a forcé le développement d'un artisanat d'une précision extrême. Le chef-d'œuvre des orfèvres de Scanno tient dans le creux de la main : la Presentosa, une étoile en filigrane d'or qui comporte au centre un ou deux cœurs.
La Presentosa était offerte par les parents du futur marié à la jeune fille lors des fiançailles. Portée sur la poitrine, elle signalait que la femme était promise et attendait le retour de son fiancé parti en transhumance. La complexité du filigrane exige de fondre l'or pour l'étirer en fils d'un dixième de millimètre avant de les torsader et de les souder.
D'autres bijoux accompagnaient la dot : les « circejje », de longues boucles d'oreilles pendantes ornées de perles ou de corail. Entrez dans la boutique : vous observez l'orfèvre travailler l'or à la pince et au chalumeau derrière son établi. Une Presentosa en or 18 carats réclame des heures de concentration.
- Adresse : Oreficeria Di Rienzo, Via De Angelis 1, Scanno
- Fondée en 1850, tenue aujourd'hui par Armando, Giuseppe et Eugenio Di Rienzo
- Tarifs : à partir de 80 € pour les pièces en argent, plusieurs centaines d'euros pour un modèle en or filigrané
L'autre pilier de l'artisanat local se repère au son : le bruit sec des fuseaux en bois qui s'entrechoquent sur les pas de porte à la belle saison. Le « tombolo » est une technique de dentelle aux fuseaux, pratiquée sur un coussin cylindrique bourré de paille, où les dentellières manipulent des dizaines de fils simultanément pour créer des nappes ou des bordures de vêtements. La production locale utilise des fils de lin très fins et privilégie les motifs géométriques stricts.
Comment voir le lac de Scanno en forme de cœur ?
À cinq minutes de route en contrebas du village, le lac de Scanno occupe le fond de la vallée. C'est le plus grand lac naturel de la région, formé par l'éboulement d'un pan du mont Genzana qui a barré le cours de la rivière Tasso. Ses eaux d'un vert émeraude profond accueillent les baigneurs en août et les pêcheurs de truite le reste de l'année.
Vu de la rive, le plan d'eau n'a rien de particulier. Sa célèbre forme de cœur ne se révèle qu'à une condition : grimper.
Le Sentiero del Cuore démarre près des rives. Garez votre véhicule sur les parkings aménagés le long de la route SR479 en arrivant de Villalago. La montée est terreuse et raide par endroits : chaussez des baskets crantées ou des chaussures de marche, le terrain glisse fortement après la pluie.
Le trajet grimpe sous les arbres et passe devant l'Eremo di Sant'Egidio, un petit ermitage rural en pierre construit au XVIIe siècle.
© Fiat 500e / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Après 30 à 45 minutes d'effort, le chemin débouche sur un replat dégagé. À cet endroit précis, l'angle de vue sur les rives, la perspective fuyante et les collines environnantes compressent visuellement les contours du lac, qui prend l'apparence d'un cœur parfait encastré dans la roche.
Montez-y en plein midi : c'est à cette heure précise que le soleil éclaire le fond de la vallée. Dès 16h en arrière-saison, le lac bascule dans l'ombre sombre des sommets.
Que faire autour de Scanno : gorges du Sagittario et Parc National des Abruzzes
La route de montagne qui descend vers le nord offre les points de vue les plus dégagés de la zone. Arrêtez-vous à Villalago, un petit village médiéval construit sur un éperon rocheux qui domine les lacs de San Domenico et Pio.
Le lac de San Domenico abrite l'Eremo di San Domenico, un ermitage qui s'incruste dans la paroi rocheuse surplombant l'eau verte. Traversez le pont en pierre pour y accéder : l'air y est saturé d'humidité, la roche suinte le froid, donnant la mesure de l'isolement extrême recherché par les moines au XIe siècle.
© Fabio Ciminelli / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
En poursuivant la descente vers Sulmona, la réserve naturelle des Gole del Sagittario s'ouvre. La rivière y a creusé un canyon de calcaire blanc, très étroit, bordé de parois verticales mangées par la végétation.
Garez-vous sur les bas-côtés aménagés pour observer la faille depuis les belvédères en surplomb.
Dans la direction opposée, en dépassant Scanno vers le sud via le Passo Godi, la route bascule vers Villetta Barrea et Pescasseroli. Vous entrez dans le périmètre strict du Parc National des Abruzzes, Latium et Molise, territoire de l'ours brun marsicain et du loup des Apennins. Comptez 45 minutes de virages serrés pour atteindre Pescasseroli.
Où manger à Scanno : arrosticini, chitarra et fromages locaux
À 1 050 mètres d'altitude, on mange la cuisine calorique des bergers. Ici, on ne regarde pas longuement la carte : on s'assoit et on commande les arrosticini par dizaines.
© Stefano Delle Monache / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
Ces petites brochettes de viande de brebis, cuites à même la braise sur des grils étroits appelés « canaline », se dévorent avec les doigts, portées par le goût fumé du gras fondu.
Les pâtes locales sont les « maccheroni alla chitarra ». La pâte épaisse est pressée sur un cadre en bois tendu de fils d'acier, et les spaghettis carrés qui en sortent accrochent parfaitement les sauces denses au ragù d'agneau (castrato).
Pour vivre cette expérience sans fioritures, poussez la porte de l'Antica Trattoria Via Roma, au numéro 13. La salle est bruyante, le service direct, et les viandes cuisent à vue. Pensez à réserver plusieurs jours en avance pour le week-end, l'adresse fait souvent le plein (fermée le mercredi). Comptez 25 à 30 € pour un repas complet.
Pour les fromages, sortez du village vers le Passo Godi : à environ 5 km, le Bio Agriturismo Valle Scannese da Gregorio est l'antre du producteur Gregorio Rotolo. Dès l'entrée du caseificio, l'odeur puissante de cave, d'ammoniaque et de lait cru de brebis prend à la gorge. Repartez avec un pecorino affiné sous le bras ou une ricotta fraîche moulée du matin : comptez de 40 à 55 € le kg selon l'affinage.
Avant de quitter le village, arrêtez-vous à la Pasticceria Di Masso. C'est dans cette famille qu'a été inventé le Pan dell'Orso, en 1945 : un gâteau dense en forme de dôme qui sent le miel de montagne et les amandes torréfiées, protégé par une épaisse coque de chocolat noir qui croque sous la dent. Environ 15 € la pièce selon la taille.
Où dormir à Scanno ?
Dormez dans le centre historique pour photographier les ruelles à 6h du matin, quand la lumière rase les pierres froides, que les habitants dorment encore et que le village vous appartient. Les capacités hôtelières sont limitées : réservez au moins deux mois à l'avance pour la haute saison.
- Installé dans l'un des bâtiments historiques du centre : lits en fer forgé, meubles anciens
- Petit-déjeuner buffet disponible toute la journée
- Quelques volées de marches, pas d'ascenseur
- Comptez autour de 85 € la nuit. Réserver sur Booking.com
- Parking privé gratuit, à environ 1 km du lac et du départ du Sentiero del Cuore
- Restaurant tenu par la famille, cuisine locale généreuse
- À l'écart du centre historique : prévoir une courte marche ou un trajet en voiture le soir
- Comptez de 65 à 100 € la chambre double selon la saison. Réserver sur Booking.com
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