Urbino
La ville-palais de la Renaissance
Une capitale culturelle du Quattrocento juchée sur deux collines, pensée et bâtie par un seul homme.
Isolée dans les terres des Marches, loin des axes ferroviaires de la côte Adriatique, cette ville de quinze mille habitants ne se traverse pas par hasard. Ceux qui font le détour pour visiter Urbino cherchent souvent à comprendre une anomalie historique.
Le Palazzo Ducale et les incontournables d'Urbino
Entre 1444 et 1482, Federico da Montefeltro commande, finance et supervise la transformation d'Urbino. Il fait appel aux meilleurs artisans de son temps pour matérialiser ses idéaux mathématiques dans la pierre.
© Mongolo1984 / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Le bâtiment rompt avec la tradition des châteaux forts : ses loggias ouvertes regardent vers la vallée. Dans la cour d'honneur, le bruit de la ville disparaît et la température chute de plusieurs degrés en été. Les arcades alternent brique rouge claire et pierre d'Istrie blanche. À l'extérieur, la façade des Torricini encadre trois balcons superposés entre deux tourelles circulaires.
© Fabrizio Garrisi / Wikimedia Commons — CC0
Douze mètres carrés de boiseries en marqueterie (intarsia) : armoires entrouvertes, luths aux cordes cassées, sabliers, armures qui semblent sortir du mur. Au-dessus trônaient 28 portraits d'hommes illustres. Quatorze ont été prélevés en 1632 et se trouvent aujourd'hui au Louvre, remplacés ici par des reproductions rétroéclairées.
© Giacomo Alessandroni / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Ce musée occupe les anciens appartements ducaux. Au premier étage, La Cité Idéale déroule ses lignes de fuite et ses rues désertes. La galerie abrite surtout La Flagellation du Christ de Piero della Francesca : la scène est reléguée à l'arrière-plan gauche, pendant que trois personnages occupent le premier plan à droite sous une lumière distincte.
© sailko / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0
Raffaello Sanzio est né ici en 1483. Son père, Giovanni Santi, y tenait son atelier de peintre de cour. Dans la cour intérieure trône la pierre plate sur laquelle les apprentis broyaient les couleurs, avant que Raphaël ne parte pour Florence.
Pour un séjour prolongé, descendez vers la Via Barocci jusqu'à l'Oratorio di San Giovanni Battista. L'extérieur en briques, très sobre, dissimule un cycle de fresques peint en 1416 par les frères Salimbeni : des chiens qui s'agitent, des soldats au regard dur, des anges tordus de douleur, du sang qui coule sur le bois. Prévoyez une pièce de monnaie pour déclencher l'éclairage, ou laissez vos yeux s'habituer à la pénombre.
Visiter Urbino en 1 jour : l'itinéraire idéal
Le Palazzo Ducale et la Galleria Nazionale ferment le lundi, ou n'ouvrent que le lundi matin selon la saison. Vérifiez les horaires officiels avant de conduire deux heures depuis Bologne. Cet itinéraire inverse le sens habituel des visites de groupes pour garantir un passage au palais dans le calme de la fin d'après-midi.
Garez la voiture dans ce grand parking en contrebas des remparts. L'ascenseur creusé dans la roche monte directement au cœur historique, sous le théâtre Sanzio.
1,50 €/hRemontez la rampe vers la Viale Salvalai. C'est l'heure exacte où la lumière du matin frappe les deux tours et les balcons superposés.
GratuitAffrontez la très raide Via Raffaello. La visite des pièces à vivre et de l'atelier dure une demi-heure.
4 €Redescendez par les ruelles secondaires vers la Via Barocci pour observer les fresques des frères Salimbeni.
3 €Poursuivez l'ascension jusqu'au parc de la forteresse. Les étudiants y lisent sur l'herbe : c'est le point de vue dégagé pour comprendre l'urbanisme de la ville.
Entrée libreUne crescia sfogliata à emporter dans la Via Cesare Battisti, à manger assis sur les marches du Duomo.
6 €Perdez-vous dans les petites rues autour de la Piazza della Repubblica avant de vous diriger vers le palais.
GratuitBillet acheté, passez par la cour d'honneur, montez le grand escalier, puis filez directement au Studiolo.
env. 12–16 €Le parcours suit les appartements ducaux. Cherchez La Cité Idéale, La Muta de Raphaël et La Flagellation du Christ.
Inclus dans le billet du palaisLes cours de l'université se terminent. Une terrasse au Caffè Basili pour un verre de Bianchello del Metauro.
5 € le verreSe promener dans Urbino : les pioli et l'université
La ville impose un effort physique constant. Ses pentes sont si raides que les habitants appellent certaines ruelles étroites les pioli, les barreaux d'échelle. La Via Raffaello, artère principale, relie la Piazza della Repubblica au monument dédié au peintre, en haut de la colline.
Ruelle du centre historique · Urbino, 2026 · © BjoernEisbaer / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0
On ne marche pas sur du bitume, mais sur de grandes dalles de pierre polies par les siècles. Le son des semelles en cuir qui claquent sur ces pavés résonne contre les façades en brique rouge cuite au four. En fin d'après-midi, à partir d'octobre, une odeur nette de feu de bois envahit les rues supérieures : les maisons anciennes du centre sont encore chauffées par des cheminées classiques, dont la fumée rabat sur les toits en tuiles.
Urbino vit au rythme de son université, fondée en 1506. À la sortie des cours, vers 17h00, les marches du Duomo et la Piazza della Repubblica servent de salon à ciel ouvert. Des étudiants révisent sur les murets de la Fortezza Albornoz, des professeurs discutent devant les portes de la faculté de Droit, des groupes descendent la Via Mazzini vers les bars de la Via Nuova.
Que manger à Urbino : crescia, tartufo et Bianchello
La mer Adriatique est à quarante kilomètres, mais la cuisine d'Urbino regarde vers l'intérieur des terres et les Apennins. Les cartes des osterias affichent du gibier, du porc, des fromages de brebis affinés dans des fosses en pierre (formaggio di fossa) et de la truffe récoltée dans les forêts d'Acqualagna.
Cousine de la piadina romagnole, cette galette intègre des œufs et du poivre noir dans sa pâte, feuilletée avec du saindoux. Servie brûlante, garnie de prosciutto crudo, de pecorino fondu ou d'herbes sautées, le saindoux coule légèrement sur les doigts.
Truffe noire d'été (scorzone) ou truffe blanche d'automne, râpée crue à table sur des passatelli (pâtes rugueuses à base de chapelure, d'œuf et de parmesan) ou sur un œuf au plat.
Vin blanc sec, paille, produit sur les collines bordant le fleuve Metauro. Il nettoie le palais après les viandes froides ou la matière grasse de la crescia au saindoux.
Piazza du centre historique · Urbino, 2026 · © Gaspa / Wikimedia Commons — CC BY 2.0
| Restaurant | Spécialité | Budget | Notre avis |
|---|---|---|---|
| Il Buco | Crescia sfogliata | env. 6 € | Pâte feuilletée au saindoux, garnie minute, à manger debout sur le trottoir. |
| Trattoria del Leone | Tartufo, passatelli | 18–35 € | Passatelli truffés à table. L'addition grimpe vite en pleine saison de tartufo bianco. |
| Antica Osteria da la Stella | Coniglio in porchetta | env. 35 € | Salles voûtées du XVe siècle. Réservation impérative, surtout un samedi soir d'octobre en pleine saison de la truffe. |
Le soir, installez-vous dans une des nombreuses osterie du centre et laissez le serveur guider le choix. La plupart proposent des menus dégustation à prix raisonnables. Appelez au moins deux jours à l'avance pour l'Antica Osteria da la Stella : s'y présenter sans réservation un samedi soir d'octobre, c'est l'assurance d'être refoulé à la porte.
Où dormir à Urbino : couvents et palais réhabilités
Les hébergements se divisent entre les couvents et palais réhabilités intra-muros, qui impliquent de tirer sa valise sur les pavés en pente depuis les ascenseurs, et les agritourismes disséminés sur les collines, qui nécessitent la voiture tous les jours.
| Établissement | Prix / nuit | Notre avis |
|---|---|---|
| Albergo San Domenico Ancien couvent dominicain du XVIe siècle, face au Palazzo Ducale |
110–140 € | Chambres réparties autour du cloître. Demandez une catégorie supérieure pour la vue sur la façade du palais. |
| Residenza Storica Volta della Morte Maison du XVIIIe siècle, à 100 mètres du Duomo |
90–110 € | Chambres aux plafonds voûtés et fresqués. Le quartier est étudiant : les soirs de semaine peuvent être bruyants. |
Le Duomo d'Urbino · 2026 · © Terragio67 / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Réservez dans le centro storico pour être à pied de tout. Le quartier est sécurisé et très animé le soir.
Accès à Urbino : train, voiture et ZTL
Depuis Bologne, l'autoroute A14 rejoint Pesaro, suivie de la route nationale SS73bis qui s'enfonce dans les collines. Le trajet fait environ 180 kilomètres et prend 2h15. Depuis Ancône au sud, le trajet prend 1h15 via l'A14. Depuis Urbino, Fano sur la côte est à 45 minutes, le château de Gradara à 50 minutes.
Une fois sur place, la vieille ville se parcourt entièrement à pied en 20 minutes. Une voiture n'est utile que pour les excursions dans le Montefeltro environnant. N'entrez pas dans le centro storico en voiture : les portes sont surveillées par caméras et l'amende dépasse 80 €.
À la gare de Pesaro, achetez le billet de bus au bureau de tabac (tabaccheria) dans le hall de la gare, ou téléchargez l'application Adriabus avant le départ pour l'acheter directement sur le téléphone. Le bus dépose les passagers au parking Borgo Mercatale, au pied des remparts et des ascenseurs.
Pour saisir l'ampleur d'Urbino au coucher du soleil, ne restez pas bloqué dans les ruelles du centre. Reprenez la voiture et conduisez cinq minutes jusqu'au Mausolée de San Bernardino, sur la colline d'en face. Vers 19h en été, la ville entière se déploie devant vous, dominée par les tourelles du palais ducal, avant de sombrer dans l'ombre.— La rédaction, Urbino · Marches
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