Orvieto
La ville qui survit en creusant sa roche
Une cité perchée sur un plateau de tuf, qui a toujours répondu aux menaces en s'enfonçant sous terre plutôt qu'en fuyant.
Orvieto flotte au-dessus de la vallée du Paglia. Cette ville a passé 2 500 ans à creuser sa propre roche pour survivre.
Le Duomo, le puits et la ville sous terre
Le plateau de tuf impose des limites physiques strictes. L'espace en surface est compté depuis 2 500 ans. Cette contrainte a forcé les bâtisseurs à creuser la roche plutôt qu'à s'étendre : de la cathédrale qui domine les toits jusqu'aux puits qui percent le sol sur 53 mètres, chaque site répond au même problème géologique.
© Wikimedia Commons — Domaine public
La façade gothique surgit au bout d'une ruelle étroite. Les quatre piliers de la base portent des bas-reliefs de Lorenzo Maitani racontant la Genèse et le Jugement Dernier, avec des scènes de damnation détaillées jusqu'aux corps écorchés. À l'intérieur, la nef à bandes noires et blanches contraste avec la Cappella di San Brizio, où Luca Signorelli a peint son cycle du Jugement Dernier entre 1499 et 1504. Michel-Ange est venu étudier ces fresques avant de peindre la Chapelle Sixtine. Entrée individuelle : 5 €.
© Maurizio Ceol / Wikimedia Commons — CC BY 3.0
En 1527, le pape Clément VII fuit le sac de Rome et se réfugie à Orvieto. Par crainte d'un siège, il commande un puits capable de garantir l'eau de la ville. Antonio da Sangallo le Jeune creuse un cylindre de plus de 53 mètres dans le tuf, desservi par deux escaliers hélicoïdaux de 248 marches chacun : les mules chargées d'eau descendaient et remontaient sans jamais se croiser. Soixante-douze fenêtres éclairent la descente. Température constante : 14°C. Billet : 5 €.
© Asurnipal / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Plus de 1 200 cavités s'étendent sous les rues. Les Étrusques donnent les premiers coups de pioche au IXe siècle avant J.-C. Les habitants réutilisent ensuite ces espaces siècle après siècle : carrières, citernes, pressoirs à olives du XIVe siècle, colombiers où les pigeons sortaient voler par des trous percés à flanc de falaise. Visite guidée uniquement, environ 45 minutes, groupes limités à une vingtaine de personnes. Billet : 8 €.
© Institute for the Study of the Ancient World, New York / Wikimedia Commons — CC BY 2.0
Construite en 1364 par le cardinal Egidio Albornoz, la forteresse a perdu sa fonction défensive au XIXe siècle pour devenir un jardin public avec vue sur la vallée. En contrebas, la nécropole étrusque regroupe des dizaines de tombes familiales du VIe siècle avant J.-C., alignées selon un plan urbain orthogonal. Les noms des défunts restent gravés en caractères étrusques sur les linteaux de pierre. Site en extérieur : 3 €.
Au-delà de ces quatre sites, la ville se mesure aussi par ce qu'elle ne montre pas en surface. La cathédrale, le puits et les grottes racontent la même histoire : une communauté qui répond aux menaces en s'enfonçant plutôt qu'en fuyant.
Visiter Orvieto en 2 jours : l'itinéraire idéal
Dès votre arrivée sur la Piazza Cahen ou à l'office du tourisme de la Piazza del Duomo, achetez la Carta Unica Orvieto (25 €) : elle inclut le Duomo, le Pozzo di San Patrizio, la visite guidée d'Orvieto Underground, le Museo Claudio Faina et l'aller-retour en funiculaire. Elle est rentabilisée dès la fin de la première journée. En basse saison, vérifiez les horaires avant de partir : certains musées ferment le lundi et de nombreux restaurants font relâche le mardi.
Arrivez dès l'ouverture et allez directement à la chapelle San Brizio pour voir les fresques de Signorelli avant les groupes.
Inclus Carta UnicaParcourez les céramiques attiques puis montez au deuxième étage : les fenêtres offrent une vue frontale sur les mosaïques du Duomo.
Inclus Carta UnicaPosez-vous Via Ripa Serancia pour un plat d'umbrichelli.
15–25 €Marchez autour de la cathédrale pour mesurer ses proportions, puis descendez la Via del Duomo.
GratuitDescendez dans les carrières étrusques avec le guide. Réservez le créneau horaire en achetant la Carta Unica le matin même.
Inclus Carta UnicaUn verre d'Orvieto Classico sur la Piazza del Duomo. Demandez à voir la cave creusée dans le tuf sous le bar.
6–8 € le verreDescendez le sentier piéton depuis le centre pour arpenter la cité des morts étrusque avant la chaleur.
3 € (hors pass)Remontez vers la Piazza Cahen. Marchez sur les remparts pour observer la topographie de la vallée.
GratuitArrêtez-vous Piazza del Popolo pour acheter deux lumachelle tièdes.
env. 5 €Montez les 250 marches de cette tour du XIIIe siècle : le sommet marque le centre géométrique de la ville, vue à 360 degrés sur les toits.
4,50 €Descendez les 248 marches dans la lumière rasante des fenêtres intérieures. La fin logique de la visite.
Inclus Carta UnicaDu funiculaire au Corso Cavour
L'arrivée par le funiculaire depuis la gare donne le tempo. La cabine grimpe la paroi abrupte du plateau en deux minutes et débouche sur la Piazza Cahen, balayée par le vent. Depuis cette place, le Corso Cavour coupe la ville en deux : le matin, les camionnettes de livraison manœuvrent au centimètre entre les piétons ; en fin de journée, les habitants s'y retrouvent pour la passeggiata devant la Torre del Moro.
Le Corso Cavour, artère centrale d'Orvieto · © Geobia / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0
Vers l'ouest, le maillage des ruelles se resserre autour de la Piazza del Duomo. La Via del Duomo concentre les ateliers de céramique, reconnaissables au vert cuivre et au brun manganèse sur fond d'émail blanc. Chez L'Arpia ou un atelier voisin, les artisans peignent pichets et assiettes à la main, reprenant des motifs géométriques et floraux du Moyen Âge.
Prenez ensuite la Via Michelangeli, où la Bottega Michelangeli travaille le bois brut depuis des générations : sculptures et objets usuels découpés dans les essences locales. Marchez ensuite au hasard jusqu'à l'église San Giovenale, à la pointe occidentale du plateau. Arrivez-y au crépuscule : depuis le muret, la vallée du Paglia s'assombrit et le soleil passe derrière les collines.
Deux excursions à moins de 30 minutes
Deux jours sur le plateau de tuf laissent le temps d'explorer les environs. Le relief s'affaisse pour laisser place aux cratères volcaniques et aux vallées argileuses de la frontière entre l'Ombrie et le Latium.
Civita di Bagnoregio, à 30 minutes de route au sud, est perchée sur un piton d'argile friable qui s'érode à chaque forte pluie. On n'y accède que par une passerelle piétonne en béton de 300 mètres, suspendue au-dessus du vide. Entrée : 5 €, taxe de préservation pour consolider la roche. Une dizaine de résidents y vivent à l'année. Allez-y avant 9h : le pont se remplit vite de groupes dès le milieu de la matinée.
Le lac de Bolsena, à 30 minutes au sud-ouest, occupe l'effondrement d'un ancien complexe volcanique, le plus grand lac volcanique d'Europe. L'eau y est transparente jusqu'à cinq mètres de fond et le sable des plages est noir. Sur les rives du village de Bolsena, commandez le coregone, poisson de lac à chair blanche, grillé à l'huile d'olive locale avec un filet de citron.
Où manger à Orvieto ?
Le sol volcanique nourrit les vignes en minéraux. Dans l'assiette, on retrouve des pâtes paysannes épaisses et une viande dont l'histoire est directement liée aux cavités souterraines de la ville : les colombiers étrusques ont nourri les Orviétans pendant des siècles.
Vin blanc sec produit sur les coteaux entourant la ville, à partir des cépages Grechetto et Procanico. Robe jaune paille, acidité qui tient tête aux viandes grillées.
Pâtes fraîches d'eau et de farine, roulées à la main. Elles rappellent de gros spaghettis et se servent avec la truffe noire râpée locale ou une sauce tomate piquante.
Petits pains salés cuits au four, en forme d'escargot. La pâte intègre pecorino râpé, pancetta et beaucoup de poivre noir. L'encas consistant de 11h.
| Restaurant | Spécialité | Budget | Notre avis |
|---|---|---|---|
| Trattoria La Mezza Luna | Cuisine umbre traditionnelle | 15–25 € | Umbrichelli à la truffe, ambiance familiale, Via Ripa Serancia. |
| Trattoria del Moro Aronne | Palomba alla leccarda (pigeon rôti) | 30–40 € | Réservez la veille, fermé le mardi. La suite culinaire directe des colombiers étrusques du sous-sol. |
| Cantina Foresi | Dégustation de vins et charcuterie | 6–20 € | Cave creusée dans le tuf, un étage sous le niveau de la rue, température naturelle à 14°C. |
Pour un repas complet, l'histoire d'Orvieto se lit dans le menu de la Trattoria del Moro Aronne : la Palomba alla leccarda, un pigeon sauvage rôti à la broche, sa sauce faite du jus recueilli dans une lèchefrite remplie de vin, d'olives et de sauge. Pendant des siècles, les habitants élevaient les pigeons dans les grottes de tuf, les laissant sortir par des trous dans la falaise pour se nourrir seuls. Comptez 30 à 40 € par personne et réservez la veille.
Où dormir à Orvieto ?
Dormir dans la ville haute est la seule façon de profiter des ruelles une fois les groupes repartis vers 17h. L'offre intra-muros est limitée : réservez plusieurs semaines à l'avance en été.
| Établissement | Prix / nuit | Notre avis |
|---|---|---|
| B&B Ripa Medici Chambres avec vue, près de l'église San Giovenale |
Env. 95 € | Fenêtres plongeant sur la vallée, petit-déjeuner fait maison. |
| Hotel Duomo À 15 marches de la cathédrale |
Env. 115 € | Demandez un étage supérieur : vue frontale sur les mosaïques de la façade depuis le lit. |
| Palazzo Piccolomini Palais noble du XVIe siècle, 4 étoiles |
130–150 € | Plafonds à fresques ou à caissons conservés, spa, restaurant. Accès facilité pour le stationnement. |
Orvieto perchée sur son plateau de tuf · © Mongolo1984 / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Le Palazzo Piccolomini est l'option la plus pratique pour ceux qui viennent en voiture : c'est l'un des rares établissements du centre historique à proposer un accès facilité pour le stationnement, malgré la ZTL environnante.
Comment venir et se déplacer à Orvieto
La gare d'Orvieto est posée sur la ligne principale Rome-Florence. Les trains régionaux s'y arrêtent toutes les heures. En sortant de la gare, traversez le parvis : le funiculaire part toutes les dix minutes, coûte 1,30 € et dépose directement à l'entrée de la vieille ville.
Ne tentez pas de monter en voiture dans les ruelles : suivez les panneaux Foro Boario / Campo della Fiera et garez-vous dans ce parking au pied du plateau. Des ascenseurs et des escaliers mécaniques creusés dans la roche déposent ensuite dans le centre historique en cinq minutes.
Terminez votre visite par le Pozzo di San Patrizio en fin de journée. La chaleur de l'été s'accumule sur les pavés tout l'après-midi. La descente dans le cylindre de tuf, où l'air reste figé à 14°C, offre un contraste thermique brutal. Le son de l'eau qui résonne cinquante mètres plus bas raconte l'histoire de la ville : la sécurité suspendue entre la surface et les profondeurs.— La rédaction, Orvieto · Sud-ouest de l'Ombrie