Pérouse
La ville enterrée par un pape
Sous la capitale de l'Ombrie se cache un quartier entier rasé et enseveli par un pape au XVIe siècle. Aujourd'hui, on traverse ces rues souterraines pour rejoindre une ville étudiante animée par le jazz et le chocolat.
Pérouse conjugue une histoire violente et un présent hédoniste. Pour asseoir son pouvoir en 1540, la papauté a étouffé la ville sous une forteresse de pierre. Les Pérugins ont répondu en arrêtant de saler leur pain, une habitude qui perdure sur toutes les tables de la région.
Pérouse, la ville étrusque que Rome a voulu faire taire
La Piazza IV Novembre sert de centre de gravité géographique et historique à la ville. Avant de s'y attarder, il faut comprendre ce qui se trouve quelques mètres plus bas.
© Enric / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Construite entre 1540 et 1543 sur ordre du pape Paul III Farnese, la forteresse a rasé le quartier de la famille Baglioni : environ 300 maisons, 26 tours, plusieurs églises. Les Pérugins l'ont démolie par étapes entre 1848 et 1860. Il ne reste que les fondations, un réseau de rues médiévales enseveli qu'on traverse par des escaliers mécaniques entre la Piazza Partigiani et le centre historique.
© Monica / Wikimedia Commons — CC BY 2.0
Achevée vers 1278 sur un projet du moine Fra Bevignate, la fontaine porte des bas-reliefs sculptés par Nicola et Giovanni Pisano : scènes bibliques, travaux agricoles des mois de l'année. Juste derrière, les marches de la cathédrale San Lorenzo se transforment en gradins étudiants dès 18h, à l'opposé du silence et de l'odeur d'encens qui règnent devant le chœur en bois de 1486.
© Diego Delso / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Ce palais gothique abrite la Galleria Nazionale dell'Umbria, avec les toiles de Pietro Vannucci, dit le Pérugin. Au rez-de-chaussée, un escalier extérieur mène à la Sala dei Notari, salle de 1296 aux murs entièrement recouverts de fresques, en accès libre.
© Ciclista / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0
L'arche de l'enceinte de Perusia, bâtie au IIIe siècle avant J.-C., empile des blocs de travertin sans mortier. À 200 mètres, le Pozzo Etrusco descend à plus de 37 mètres de profondeur sur des passerelles métalliques : air lourd, écho des gouttes d'eau, éclairage jaunâtre sur les blocs cyclopéens.
Pérouse est posée sur une crête. Pour comprendre sa topographie, allez au bout du Corso Vannucci et entrez dans les Giardini Carducci : un belvédère ouvert à 180 degrés sur la vallée ombrienne.
Vers 19h, la lumière frappe les collines et la basilique San Pietro au loin. Les locaux s'assoient sur les murets avec des bières achetées dans les supérettes de la Via Baglioni.
Visiter Pérouse en 2 jours : l'itinéraire idéal
Deux jours suffisent pour descendre sous la Rocca Paolina, traverser le centre historique et pousser jusqu'à l'usine Perugina. Le premier jour reste dans les ruelles, le second alterne musée, souterrains et périphérie industrielle.
Garez-vous au grand parking souterrain pour entamer l'ascension de la ville. C'est le point de départ des escaliers mécaniques cachés dans les souterrains.
2 €/heureL'ascension sous les voûtes de briques prend 15 minutes. Arrêtez-vous devant les murs des anciennes maisons Baglioni, intégrés tels quels dans la maçonnerie pontificale.
Entrée libreEn sortant des souterrains, observez cet arc étrusque partiellement avalé par la brique du XVIe siècle.
Accès libreRemontez la longue artère piétonne jusqu'à la Piazza IV Novembre. Observez l'alignement des cafés historiques et des banques.
15 min de marcheMontez l'escalier extérieur du Palazzo dei Priori. La visite de la salle aux blasons et fresques prend 20 minutes.
Entrée libreDescendez la Via dei Priori. Commandez les strangozzi et demandez la sélection de vins ombriens au verre.
Env. 25 € / personneFaites le tour des deux vasques pour lire le calendrier agricole sculpté par les Pisano dans la pierre blanche et rose.
Centre de la placeLa façade inachevée en marbre géométrique donne sur la place. À l'intérieur, le silence et l'odeur d'encens tranchent avec l'agitation extérieure.
Entrée libreDescendez vers le quartier universitaire pour voir les portes monumentales en travertin de l'enceinte originelle.
10 min de marche en descenteRemontez tout le Corso Vannucci jusqu'au belvédère. Achetez une boisson en route et asseyez-vous sur le muret pour voir la lumière baisser sur la vallée.
GratuitDeux heures pleines pour traverser l'évolution de la peinture ombrienne et voir la lumière des fonds à la feuille d'or, au sein du Palazzo dei Priori.
À partir de 10 €Descendez au fond du puits de 37 mètres sur les passerelles suspendues au-dessus de l'eau noire.
4 €Descendez la Via delle Streghe. Le menu tourne autour de la truffe râpée minute sur des pâtes fraîches ou des œufs.
Env. 30 € / personneRécupérez votre voiture pour rejoindre le site industriel à San Sisto, 15 minutes de route. Le billet inclut le musée, la vue sur la chaîne de production et la dégustation illimitée.
10 €, réservation exigéeInstallez-vous dans cette pâtisserie ouverte depuis 1860, sur le Corso Vannucci, pour un Campari sous les fresques du plafond.
10 € l'aperitivoQuartier de la Via dei Priori, où se concentrent les petits restaurants fréquentés par les étudiants de l'université pour étrangers.
Selon adresseSe promener dans Pérouse
La topographie de Pérouse dicte l'effort physique. La ville est posée sur un ensemble de collines très irrégulier. Le trajet le plus logique démarre à Piazza Partigiani.
Les escaliers mécaniques traversent la pénombre de la Rocca Paolina et recrachent les piétons sur la Piazza Italia. De là, le Corso Vannucci file tout droit, large et plat, bordé de boutiques. Entre 18h et 20h, les Pérugins de tous âges l'arpentent de haut en bas.
La Via dell'Acquedotto, ancien aqueduc du XIIIe siècle devenu chemin piéton · Pérouse, 2026 · © Björn S. / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0
Dès que l'on quitte le Corso, la configuration change. La Via dei Priori descend en pente raide vers la porte de Trasimène. Pour mesurer la verticalité de Pérouse, engagez-vous sur la Via dell'Acquedotto : cet ancien aqueduc du XIIIe siècle, construit pour alimenter la Fontana Maggiore, est devenu un chemin piéton au niveau des toits du quartier de la Conca. Depuis les parapets, le regard plonge dans les cours intérieures privées et les petits balcons fleuris. L'accès se fait par des volées de marches depuis la Via Appia, empruntées le matin par les étudiants pour rejoindre le pôle universitaire.
Derrière la cathédrale San Lorenzo, la Via Baldeschi plonge vers l'Arco Etrusco en pente raide, à l'ombre des murs médiévaux. Pour éviter la remontée vers les quartiers neufs ou les parkings périphériques, la municipalité a installé un minimetro : des cabines automatiques sur rail relient la périphérie ouest au centre historique, station Pincetto, en dix minutes, pour 1,50 €.
Le chocolat, le pain sans sel et la table pérugine
Pérouse associe une industrie chocolatière mondiale née dans les années 1920 à des habitudes rurales directes, héritées de la révolte fiscale de 1540 contre Rome.
Inventé dans les années 1920 par Luisa Spagnoli avec des restes de noisettes. L'emballage argenté et bleu abrite une noisette entière sur du gianduja, avec un petit papier portant un proverbe. À l'usine, l'odeur de noisette torréfiée et de beurre de cacao chaud prend à la gorge dès l'ouverture des portes.
Le pain ombrien se prépare sans sel depuis la Guerre du Sel de 1540 : pour protester contre la taxe pontificale de Paul III, les Pérugins ont cessé d'utiliser cet ingrédient. La croûte est épaisse, la mie dense, conçue pour éponger les sauces des viandes rôties.
Des pâtes fraîches sans œufs, épaisses et longues, de coupe rectangulaire irrégulière, qui accrochent les sauces rustiques. Servies avec de l'huile d'olive locale et une râpée de truffe noire, d'été ou d'hiver selon le mois.
Strangozzi · Pérouse, 2026 · © Paoletta S. / Wikimedia Commons — CC BY 2.0
| Restaurant | Spécialité | Budget | Notre avis |
|---|---|---|---|
| Osteria a Priori | Cuisine ombrienne, vins régionaux | 25–30 € | Strangozzi cuits fermes, charcuterie de Norcia coupée à la commande sur trancheuse manuelle visible depuis la salle. |
| La Taverna | Truffe sous toutes ses formes | 18–22 € | Œufs au plat cuits au four ou tagliatelles maison, tous deux râpés de truffe fraîche. |
| Pasticceria Sandri | Pasticceria historique depuis 1860 | 1,50–10 € | Plafonds voûtés à fresques, comptoir en bois patiné, vitrines de laiton. Espresso et maritozzo le matin, apéritif amer servi en gilet dès 19h. |
Impossible d'accompagner la truffe ou les viandes locales sans le vin régional. Le Sagrantino di Montefalco est le rouge emblématique : puissant, tannique, taillé pour le gibier.
Pour la journée, les blancs locaux comme le Grechetto ou un verre d'Orvieto Classico offrent des notes minérales et d'amande amère, à commander à l'Osteria a Priori ou au Caffè di Perugia, autour de 5 à 8 € le verre.
En juillet, l'Umbria Jazz, fondé en 1973 par Carlo Pagnotta, installe des scènes sur les places et les restaurants servent tard dans la nuit. En octobre, l'Eurochocolate transforme le Corso Vannucci en un marché de stands dédiés au cacao sur un kilomètre.
Où dormir à Pérouse ?
Le choix du quartier dicte la logistique. Dormir dans la ville basse, près de la gare de Fontivegge, divise le prix des chambres par deux et facilite les départs matinaux pour explorer la région, mais éloigne de l'animation nocturne et impose le minimetro chaque jour. Le centre historique reste le choix le plus simple, quitte à payer le parking de la Piazza Partigiani.
| Établissement | Prix / nuit | Notre avis |
|---|---|---|
| Locanda della Posta - Etruria Collection Hôtel du XVIIIe siècle sur le Corso Vannucci |
130–230 € | Parquets anciens et têtes de lit modernes, isolation phonique qui bloque le bruit de l'artère piétonne. Très demandé pendant les festivals d'été : réservez en amont. |
| Rosetta Hotel Perugia, Tapestry Collection by Hilton Bâtiment de 1900 à quelques mètres de la Rocca Paolina |
140–280 € | Cour intérieure en galets pour le petit-déjeuner sous les tonnelles au printemps. |
| Castello di Monterone Château du XIIIe siècle à 3 km du centre |
150–280 € | Murs de pierre brute, piscine extérieure avec vue sur les collines, restaurant voûté au rez-de-chaussée pour dîner aux chandelles sans ressortir. |
Piazza IV Novembre, cœur du centre historique · Pérouse, 2026 · © Diego Delso / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Si vous visez juillet, réservez au moins six mois à l'avance : l'Umbria Jazz remplit les hôtels du centre pendant dix jours.
Accès et infos pratiques
La voie rapide E45 relie Rome à Pérouse via la SS75bis : 170 kilomètres, deux heures pleines. Cette portion est gratuite mais réputée pour ses chantiers fréquents, son asphalte fatigué par endroits et ses radars tronçons, le système Tutor italien. Restez vigilant sur la file de droite. Depuis Florence, l'autoroute A1 jusqu'à la sortie Valdichiana puis le lac Trasimène mène au même trajet de deux heures.
Depuis le parking Partigiani, la basilique d'Assise est à 25 minutes de route par la voie rapide SS75. Orvieto et son puits de Saint-Patrice demandent 1h30 vers le sud-ouest en suivant le tracé du Tibre : de quoi regrouper plusieurs excursions sans changer d'hôtel.
Ne traversez pas la Rocca Paolina uniquement le matin pour rejoindre le centre. Empruntez ses escaliers mécaniques et ses allées de briques vers 19h : la lumière rasante pénètre par les meurtrières encastrées dans les murs, et le bruit de la ville étudiante s'estompe sous les voûtes de pierre. Le poids des tonnes de maçonnerie pontificale au-dessus de la tête devient concret.— La rédaction, Pérouse · Ombrie