Gubbio : La cité de pierre de l’Ombrie
Chaque 15 mai depuis huit siècles, trois statues de saints montées sur des fûts de bois traversent Gubbio en courant jusqu'au sommet du Mont Ingino. Une tradition que ni les guerres mondiales ni le temps n'ont réussi à interrompre.
Des centaines d'hommes en chemises de couleur courent à travers des ruelles en pente, portant sur leurs épaules des structures en bois de plusieurs centaines de kilos. Ils ne courent pas pour arriver les premiers, mais pour atteindre le sommet de la montagne sans faire tomber leur charge. Cette scène se joue à l'identique chaque 15 mai.
Ce qu'il faut voir à Gubbio
Quatre lieux concentrent l'essentiel d'une visite dans la vieille ville. Une place suspendue au-dessus du vide, un musée qui remonte avant Rome, un palais Renaissance greffé sur la pierre médiévale et un sommet à 827 mètres.
© Superchilum / Wikimedia Commons — CC BY 4.0
La Piazza Grande n'est pas posée sur le sol. Elle est suspendue sur un réseau de voûtes de plus de dix mètres qui rattrapent le dénivelé de la montagne. Le Palazzo dei Consoli, construit entre 1332 et 1349, domine l'espace et abrite le Campanone, une cloche de plus de deux tonnes actionnée à la corde par les campanari.
© Wikimedia Commons — Domaine public
Au premier étage du Palazzo dei Consoli, sept plaques de bronze gravées entre le IIIe et le Ier siècle avant J.-C. détaillent en plus de 4 000 mots les rituels de purification des anciens Ombriens. Les caractères sont si nets qu'on croirait le graveur reparti la veille.
© Diego Baglieri / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Commandé en 1470 par Federico da Montefeltro, ce palais tranche avec le calcaire brut du reste de la ville : cour en briques, fenêtres fines inspirées du palais d'Urbino. La réplique du studiolo restitue les marqueteries en trompe-l'œil de l'original, vendu au MET de New York au XXe siècle.
© Superchilum (retouches Rabanus Flavus) / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Perchée à 827 mètres, la basilique garde le saint patron de la ville et les trois ceri, des piliers de bois de près de 300 kilos que les ceraioli portent en courant chaque 15 mai jusqu'ici. La tradition est ininterrompue depuis 1160.
Deux arrêts supplémentaires complètent la visite, sans photo dans la liste ci-dessus.
L'église San Francesco alla Pace et le loup. Sous l'autel de cette église de la via Savelli repose une pierre de grès. Selon la chronique de 1220, c'est ici que François d'Assise aurait scellé son pacte avec un loup qui attaquait les habitants, contre un repas quotidien offert par la ville. La crypte conserve un petit sarcophage où l'animal aurait été enterré après deux ans passés dans les rues.
L'Albero di Natale sur le Mont Ingino. Chaque 8 décembre depuis 1981, plus de 700 ampoules colorées dessinent sur les pentes du mont une silhouette de 650 mètres de haut et 350 mètres de large à sa base, visible à plus de 30 kilomètres à la ronde. Dès septembre, des bénévoles tirent les 8,5 kilomètres de câbles nécessaires à l'allumage.
Visiter Gubbio en 1 jour : l'itinéraire conseillé
Une journée suffit pour couvrir la ville haute et la ville basse, à condition d'alterner marche et transports verticaux. Ascenseurs publics le matin, funiculaire l'après-midi.
Garez-vous dans la partie basse pour éviter une montée directe dès l'arrivée.
1,20 €/hPrenez le premier ascenseur via della Repubblica, puis le second jusqu'à la Piazza Grande.
GratuitMusée Civico pour voir les Tavole Eugubine, puis la vue depuis la place suspendue.
🎟 7 €Cour intérieure en briques et studiolo en marqueterie, en face du Duomo.
🎟 5 €Pause déjeuner sur le pouce via Cavour, avec une torta al testo chaude.
~6 €Trois tours de la fontaine pour décrocher la « patente del matto », le diplôme local des fous.
Diplôme 2 €Départ dans les nacelles ouvertes surnommées « cages à oiseaux ». Le service reprend précisément à cette heure après la pause déjeuner.
6 € A/RLes trois ceri de bois, rangés dans la nef en dehors des jours de course.
GratuitPar les sentiers boisés du mont, ou reprenez la nacelle si les jambes protestent.
30 min de marcheUn verre de vin local sur une petite place, à l'heure où la lumière tourne au jaune.
~8 € le verrePour ceux qui restent dîner : la truffe noire râpée minute sur des strangozzi.
~40 € le repasSe promener dans Gubbio
Le tissu urbain de Gubbio n'a quasiment pas bougé depuis le XIVe siècle. Le calcaire gris clair dicte la couleur de l'ensemble de la cité.
Faufilez-vous dans le quartier de San Martino, le secteur le plus ancien de la ville. Les ruelles y sont si serrées que la lumière directe n'y entre qu'au zénith.
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Levez les yeux sur les façades. À côté des lourdes portes d'entrée, une seconde ouverture très étroite, perchée à un mètre du sol et dépourvue de poignée ou de marches, attire l'œil : c'est la Porta della Morte.
Les archives locales penchent pour une fonction défensive médiévale, mais la rue retient la version macabre : cette issue ne servait qu'à faire sortir le cercueil des morts de la maison, avant d'être scellée à nouveau avec des briques.
© Elekes Andor / Wikimedia Commons — CC BY 4.0
En descendant vers la partie basse de la ville, le lit de la rivière Camignano sépare le centre en deux. La promenade le long des rives empierrées offre un peu d'ombre en été.
Les petites places s'ouvrent brusquement à la fin d'un corridor de pierre, au milieu des quartiers médiévaux.
La majolique et le bucchero de Gubbio
Gubbio possède une longue histoire avec le feu et l'argile. Dès la Renaissance, le céramiste Maestro Giorgio Andreoli y a perfectionné la technique du lustro : une troisième cuisson avec des sels métalliques et des fumées de genêt. Le résultat donne à la faïence des reflets métalliques rouges ou cuivrés qui changent selon l'angle de la lumière.
Pour voir le travail en direct, poussez la porte de Ceramiche Aldo Fumanti, via A. Piccardi. L'artisan peint ses motifs au pinceau sous vos yeux. Une petite coupe ou une assiette décorative coûte une vingtaine d'euros : un souvenir qui pèse dans la valise, mais qui documente cinq siècles d'histoire locale.
L'autre spécialité eugubine est le bucchero, une céramique d'origine étrusque entièrement noire. La couleur ne vient pas d'une peinture, mais d'une cuisson à l'étouffée, sans oxygène : le carbone pénètre l'argile et lui donne cette teinte sombre et métallique, souvent gravée de motifs géométriques simples. Vous en verrez dans la plupart des vitrines de la via dei Consoli.
Que voir autour de Gubbio
Gubbio justifie d'y passer plus d'une journée si l'on explore les reliefs environnants.
Les Gorges du Bottaccione. À la sortie immédiate des remparts nord, la route SS298 s'enfonce dans la Gola del Bottaccione, une gorge étroite taillée dans le calcaire. Garez-vous près de l'ancien aqueduc.
Sur ces parois, les géologues ont fait une découverte majeure dans les années 1970 : une fine couche d'argile rougeâtre datant de 66 millions d'années, contenant une concentration anormale d'iridium extraterrestre, preuve géologique de l'impact de l'astéroïde responsable de l'extinction des dinosaures.
Le Parco del Monte Cucco. À 30 minutes de route vers l'est, le Monte Cucco culmine à 1 566 mètres. La route serpente jusqu'à des plateaux calcaires fréquentés par des chevaux en liberté. Les randonneurs y viennent pour les Grotte del Monte Cucco, un réseau souterrain exploré sur 30 kilomètres. Les visites guidées parcourent les 800 premiers mètres aménagés, comptez 14 €. Le sommet sert aussi de rampe de lancement aux deltaplanes de la région, grâce à un vent constant presque toute l'année.
Où manger à Gubbio
L'Ombrie ne borde aucune mer. La cuisine de Gubbio est dictée par la montagne, la forêt et le travail des champs. D'octobre à mars, la truffe noire de l'Apennin domine les cartes, célébrée à l'automne lors de la Mostra del Tartufo.
Râpée minute sur des strangozzi ou des umbrichelli. Le goût est poivré, terrien, bien loin des huiles synthétiques. Taverna del Lupo, via Giovanni Ansidei · 18-22 € l'assiette
Pain plat sans levure, cuit sur un disque de fonte posé sur les braises. Servi chaud, coupé en triangles, farci de prosciutto crudo ou de saucisse. La Cresciamia, via Cavour · 5-7 €
Pâtes épaisses faites à la main, uniquement farine et eau. Souvent servies avec une sauce tomate à l'ail et au piment. Officina dei Sapori, via dei Consoli · 12-15 €
| Restaurant | Spécialité | Budget | Notre avis |
|---|---|---|---|
| Taverna del Lupo | Truffe noire, cuisine eugubine | 18-22 € | La meilleure adresse truffe de la ville. Réservez la veille, les tables se remplissent vite. |
| La Cresciamia | Torta al testo, brustengo | 5-7 € | Rapide et bon marché, à manger debout ou sur le pouce. |
| Officina dei Sapori | Cuisine contemporaine, umbrichelli | 12-15 € | Cadre plus soigné que la moyenne locale, carte des vins bien choisie. |
Pour un repas complet assis, la Taverna del Lupo reste l'adresse de référence dans la ville basse. Les tables se remplissent de familles locales le dimanche midi.
Où dormir à Gubbio
Le dénivelé complique la logistique des bagages. Privilégiez les établissements proches des axes plats de la ville basse ou situés directement à côté des ascenseurs publics.
| Établissement | Prix / nuit | Notre avis |
|---|---|---|
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Relais Ducale Annexe du Palais Ducal, en plein centre historique |
110-150 € | Se remplit vite les week-ends de la Corsa dei Ceri (mai) et de décembre : réservez tôt. |
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Hotel Bosone Palace Palazzo Raffaelli, via XX Settembre |
80-100 € | Plafonds voûtés et peints, à mi-chemin entre la Piazza Grande et les portes du bas. |
© Elekes Andor / Wikimedia Commons — CC BY 4.0
Réservez dans le centro storico pour être à pied de tout. Le quartier est sécurisé et animé le soir, mais comptez sur des escaliers : aucun hôtel du centre n'est accessible en voiture jusqu'à la porte.
Comment aller à Gubbio et s'y déplacer
Gubbio est isolée des grands axes ferroviaires italiens. Si vous arrivez en avion, deux options s'offrent à vous : l'aéroport de Pérouse (Perugia San Francesco d'Assisi), à 45 minutes de route, ou celui de Rome Fiumicino, à environ 2h30 de trajet.
Un coup d'œil sur Skyscanner permet d'évaluer les fréquences, Pérouse étant surtout desservie par des compagnies low-cost selon la saison.
Une fois au sol, l'isolement de l'Apennin impose la voiture pour explorer les environs et relier les autres cités de la région. Passez par Rentalcars pour récupérer un véhicule dès la sortie du terminal à Pérouse ou à Rome.
Visiter Gubbio sans voiture. En basant votre séjour à Pérouse, plusieurs visites guidées combinent le centre historique de Pérouse le matin avec une fin de journée dans les ruelles de Gubbio, transport aller-retour inclus depuis votre hébergement.
Le funiculaire (Funivia del Colle Eletto). Pour rejoindre la Basilique de Sant'Ubaldo sans affronter la pente à pied, oubliez les cabines vitrées classiques : ce sont de petites nacelles vertes ouvertes, semblables à des cages à oiseaux, où l'on se tient debout à deux.
Départ via San Girolamo, six minutes d'ascension, 6 € l'aller-retour. Le service s'arrête entre 13h15 et 14h30 : montez à 13h00 et vous redescendrez à pied.