Eau potable à Naples : peut-on boire l’eau du robinet ?
Entre les citernes des vieux palazzi, les sources des montagnes d'Avellino et le rituel du café : comment et où boire de l'eau à Naples.
À 35 °C en plein mois de juillet sur la Via Toledo, trouver de l'eau potable à Naples devient la priorité de la journée. Avant d'accumuler les bouteilles en plastique dans votre chambre d'hôtel, voici comment fonctionne le réseau napolitain, de la source de montagne jusqu'au verre servi avec votre espresso.
Peut-on boire l'eau du robinet à Naples ?
La réponse est oui. Le réseau de distribution de la ville est géré par ABC, pour Acqua Bene Comune. C'est une entité entièrement publique, protégée par un référendum citoyen voté en 2011 pour empêcher sa privatisation.
L'eau distribuée dans les foyers napolitains est techniquement potable, soumise à des contrôles bactériologiques et chimiques quotidiens.
Contrairement aux zones côtières des Pouilles ou de Calabre où l'eau du réseau sature souvent le palais avec un goût de chlore très prononcé, celle de Naples reste douce. Elle est également beaucoup moins chargée en calcaire que l'eau distribuée à Rome. Pour préparer le reste du séjour, retrouvez notre guide pour visiter Naples.
La municipalité publie les résultats des analyses par quartier sur son site officiel tous les mois. Vous pouvez boire l'eau de votre location sans risque pour la digestion.
La seule variable qui influence le goût ne se trouve pas dans les tuyaux de la ville, mais dans les derniers mètres de plomberie du bâtiment où vous posez vos valises.
L'eau de Serino : l'origine de la qualité napolitaine
© Tyler Bell / Wikimedia Commons, CC BY 2.0
La qualité de l'eau napolitaine a une origine géographique très précise. Elle ne vient pas des nappes phréatiques du Vésuve ni de la côte, mais des montagnes de la province d'Avellino, à 80 kilomètres à l'intérieur des terres.
Les sources de Serino, situées au pied du mont Terminio, alimentent la ville en eau froide depuis la fin du XIXe siècle. Aujourd'hui encore, quand les Napolitains parlent d'une eau légère en bouche, ils font référence à "l'acqua di Serino".
Ce réseau sous pression remplace l'ancien système de citernes poreuses en tuf utilisées pendant l'Antiquité et le Moyen-Âge. Lors d'une visite de Napoli Sotterranea, vous descendez à quarante mètres de profondeur pour marcher au fond de ces immenses cavités gréco-romaines qui stockaient l'eau de pluie avant la construction de l'aqueduc moderne.
Les autoclaves dans les vieux palazzi du centre
C'est ici que la théorie se heurte à la réalité architecturale du centre historique. Naples est construite sur des collines très raides : le Vomero, Capodimonte, Posillipo.
En bas, son hypercentre concentre des immeubles de cinq ou six étages bâtis sur un réseau de ruelles où le soleil peine à entrer. La pression du réseau municipal ABC ne suffit pas toujours pour faire monter l'eau jusqu'aux derniers étages des Quartieri Spagnoli ou du Rione Sanità.
Pour compenser ce manque de pression, la quasi-totalité des vieux immeubles sont équipés d'un système mécanique appelé "autoclave". Il s'agit d'une pompe électrique couplée à une citerne de stockage, le serbatoio. Vous repérerez facilement ces gros bidons bleus ou verts installés sur les toits, sur les balcons ou dans les cours intérieures des palazzi.
Quand vous ouvrez le robinet dans votre chambre ou votre B&B, vous entendez un moteur se déclencher un étage plus bas. C'est l'autoclave qui se met en marche. L'eau qui sort de votre robinet a donc stagné dans cette citerne.
Elle reste totalement sûre pour se laver les dents, rincer des fruits ou cuire un plat de pâtes. Si la citerne en plastique chauffe au soleil d'août sur un toit en tôle, l'eau peut prendre un léger goût terreux ou artificiel.
Laissez couler l'eau froide pendant 30 secondes pour vider les tuyaux avant de remplir votre verre.
L'autoclave cache un autre piège purement napolitain : il fonctionne à l'électricité. En plein mois d'août, quand tout le quartier allume sa climatisation à 19h au retour de la plage, le réseau électrique local sature souvent. Les plombs sautent.
Sans courant, la pompe s'arrête instantanément. Vous pouvez vous retrouver sous la douche avec du savon sur les bras et plus une seule goutte d'eau au robinet. C'est un grand classique des locations Airbnb dans la Sanità.
Gardez toujours une gourde pleine dans votre chambre pour ce genre de coupure de courant, fréquent l'été dans les vieux quartiers.
Le verre d'eau avant l'espresso : la consigne des bars
À Naples, l'eau dicte la manière de boire le café. Entrez dans n'importe quel bar historique de la ville : le Bar Mexico sur la Piazza Dante, le Caffè Gambrinus ou un petit comptoir de quartier aux murs tapissés de maillots de Maradona.
Payez d'abord votre espresso à la caisse. Cela vous coûtera entre 1,20 € et 1,50 €. Posez ensuite votre ticket sur le zinc devant le barista. Il vous servira systématiquement deux choses : la tasse de café brûlante et un petit verre d'eau très froide.
Il y a une consigne stricte à respecter : l'eau se boit avant le café. Son but est de rincer le palais pour préparer les papilles à l'intensité de l'espresso napolitain. C'est un café très court, torréfié à l'extrême, souvent issu d'un mélange contenant une forte proportion de robusta comme le Passalacqua ou le Kimbo.
Si vous buvez l'eau après avoir terminé votre tasse, le barista le prendra comme un affront. Dans le langage local du comptoir, rincer son palais après l'espresso signifie que le café était brûlé ou mal extrait, et que vous cherchez à en effacer le goût de votre bouche au plus vite.
Selon les bars, ce petit verre gratuit contient l'eau du réseau municipal bien fraîche ou de l'eau filtrée sur place.
Les acquafrescai et la limonade éruptive au bicarbonate
© Antonio Manfredonio / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0
En vous promenant sur la Via Toledo, près de la Porta Capuana ou sur la Riviera di Chiaia, vous remarquerez des petits kiosques ronds encastrés dans les façades. Ils sont décorés de filets de citrons jaunes, de branches de lierre et souvent équipés d'un lourd comptoir en marbre.
Ce sont les chioschi degli acquaioli ou acquafrescai. Ils représentent une branche entière de la street-food napolitaine dédiée à l'hydratation. Historiquement, ces kiosques vendaient de l'eau fraîche provenant de sources spécifiques, gardée dans des amphores en terre cuite.
Aujourd'hui, on s'y arrête surtout pour commander une "limonata a cosce aperte". La traduction littérale annonce le programme : une limonade à cuisses ouvertes.
Le vendeur presse un gros citron de Sorrente ou d'Amalfi dans un gobelet en plastique rempli d'eau gazeuse glacée. Au moment de vous le tendre, il y jette une demi-cuillère de poudre de bicarbonate de soude.
La réaction chimique est immédiate. Le mélange mousse violemment et déborde du verre en une fraction de seconde. Vous devez boire cul sec, d'un seul trait, tout en écartant les jambes pour éviter que la mousse collante ne ruine vos chaussures.
Comptez 2 € à 3 € pour ce digestif brut. Les Napolitains le consomment particulièrement après un déjeuner lourd ou une pizza frite avalée dans la rue.
Commander de l'eau au restaurant : oubliez la carafe
© Peachyeung316 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
L'habitude française de demander une carafe d'eau gratuite n'a pas cours à Naples. Au restaurant, dans une pizzeria des Quartieri Spagnoli ou une trattoria de la Sanità, l'eau est un produit facturé.
Tenter de commander une carafe d'eau du robinet avec la phrase "una brocca d'acqua di rubinetto" vous attirera des regards confus. Dès que vous prenez place à table, le serveur s'approche et pose la question : "Acqua liscia o gassata ?" (plate ou gazeuse).
Il vous apportera une bouteille en verre d'un litre. De plus en plus de restaurants napolitains s'équipent de systèmes de microfiltration au comptoir. Ils purifient, refroidissent et gazéifient l'eau du réseau municipal sur place, puis la servent dans des bouteilles en verre réutilisables portant le nom de l'établissement.
La bouteille, qu'elle soit minérale ou filtrée, vous sera facturée entre 2 € et 3,50 €. Ce montant s'ajoute au prix du couvert, le coperto, qui oscille entre 2 € et 3 € par personne selon le standing de l'adresse.
Ferrarelle, Lete et Natia : l'eau en bouteille
Si la pizzeria ne possède pas de système de filtration, elle servira des bouteilles d'eau minérale classique. Dans toute la Campanie, l'eau gazeuse domine très largement les repas.
La géologie volcanique de la région, bordée par le Vésuve, les Champs Phlégréens et le massif de Roccamonfina, joue un rôle direct dans cette préférence. L'eau de pluie s'infiltre dans des roches souterraines riches en minéraux et capte naturellement du dioxyde de carbone.
C'est ce processus géologique qui donne naissance à la catégorie des eaux "effervescenti naturali" : des eaux naturellement effervescentes à la source. La Ferrarelle, embouteillée à Riardo au nord de Naples, et la Lete, sourcée vers Prata Sannita, sont les deux bouteilles que vous verrez sur les tables. Leurs bulles sont fines, denses, et piquent beaucoup moins le fond de la gorge que les eaux artificiellement gazéifiées.
Si vous répondez "liscia" à la question du serveur pour obtenir de l'eau plate, on vous apportera très souvent une bouteille de Natia. C'est l'alter ego de la Ferrarelle : elle provient des mêmes nappes aquifères de Riardo, mais elle est captée dans des veines géologiques qui échappent à la gazéification volcanique.
| Eau | Type | Source |
|---|---|---|
| Ferrarelle | Gazeuse naturelle | Riardo |
| Lete | Gazeuse naturelle | Prata Sannita |
| Natia | Plate | Riardo |
Remplir sa gourde aux fontaines publiques napolitaines
Naples compte moins de fontaines publiques en accès libre que Rome, mais vous pouvez tout à fait remplir une gourde gratuitement pendant une journée de visite.
On trouve des fontanelle en fonte verte, au design basique, dans les grands espaces dégagés de la ville : sur la promenade piétonne du Lungomare face à la mer, à l'intérieur du parc de Capodimonte, à la Villa Floridiana sur les hauteurs du Vomero, ou près de la Piazza del Plebiscito.
Glissez une gourde isotherme en inox dans votre sac à dos avant le départ. Le métal gardera votre eau de Serino fraîche pendant sept à huit heures, là où le plastique transforme une eau minérale en bouillon tiède au bout de quarante minutes.
L'application mobile gratuite Fontanelle d'Italia répertorie précisément ces points d'eau potables géolocalisés. C'est l'outil le plus rapide pour repérer la fontaine la plus proche quand vous vous perdez dans le labyrinthe des ruelles en pente du centre.
Naples épuise les jambes. Entre les volées de marches de la Pedamentina qui grimpent vers la Chartreuse San Martino et le dédale des ruelles de la Sanità, une journée de marche de dix kilomètres en plein mois de juillet exige au minimum trois litres d'eau par personne. Gourde isotherme dans le sac, arrêt aux kiosques à citrons quand la chaleur monte, et une Ferrarelle à la pizzeria pour relancer la machine avant les visites de l'après-midi. Pour répartir les quartiers sans multiplier les détours, consultez aussi notre itinéraire de 3 jours à Naples.
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