Bova, Gallicianò, Pentedattilo : visiter les villages grecs de l’Aspromonte
La Calabre se visite souvent par ses plages. Il suffit de grimper à 900 mètres d'altitude dans l'Aspromonte pour trouver des villages de soixante habitants où les anciens parlent le grec ancien, mangent de la chèvre au chaudron et vivent au rythme des fiumares.
Quittez la route côtière SS106 à la hauteur de Bova Marina. L'asphalte grimpe en lacets serrés vers le massif de l'Aspromonte. À 900 mètres d'altitude, la mer Ionienne devient une ligne bleue lointaine. Vous entrez dans la Bovesia.
Bova : musée Rohlfs, sentier agricole et château normand
Bova est le centre administratif et culturel de la zone hellénophone de Calabre. Posé à 820 mètres d'altitude, le village compte environ 450 habitants à l'année.
Le parking se trouve à l'entrée du bourg. Les ruelles montent en pente raide, pavées de pierre sombre, taillées pour couper le vent qui balaie les crêtes en hiver.
Le Musée de la Langue Greco-Calabra Gerhard Rohlfs occupe une bâtisse via Sant'Antonio, à l'entrée du bourg. Il porte le nom du linguiste allemand qui a documenté le grecanico à partir de 1924. L'entrée coûte 3 €, ouvert du lundi au samedi de 9h à 13h.
Six salles présentent des enregistrements sonores, des photographies des bergers de l'Aspromonte et un dictionnaire de cette langue que moins de 500 personnes parlent encore au quotidien.
En sortant, suivez le Sentiero della Civiltà Contadina. Ce n'est pas un musée fermé mais un parcours extérieur : de vieux pressoirs à huile, des meules en pierre et des outils agricoles sont exposés directement dans les cours et les ruelles.
La promenade monte jusqu'aux ruines du château normand, posé sur un éperon rocheux au-dessus du lit asséché de la rivière Amendolea. Par temps clair, la ligne côtière se dessine jusqu'à l'Etna, en Sicile.
Ouvert en 2025 dans une ancienne maison à tourelle du centre historique, ce B&B propose quatre chambres avec salle de bain privée et une terrasse orientée sud, face à l'Etna et au rocher de Pentedattilo.
Gallicianò : comment y aller, l'église orthodoxe et la Taverna Greca
Le trajet entre Bova et Gallicianò ne suit pas la ligne droite du GPS : aucune route ne relie directement les deux crêtes. Il faut redescendre sur la côte jusqu'à Condofuri Marina, rouler vers l'ouest sur la SS106, puis remonter la vallée de l'Amendolea par la route provinciale.
Comptez 1h15 de virages sur un asphalte parfois fissuré par les pluies hivernales.
© Jacopo Werther / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Gallicianò compte une soixantaine d'habitants. C'est le bourg qui a le mieux conservé l'usage du grecanico au quotidien.
En 1999, la communauté a construit elle-même l'église orthodoxe de Panaghia della Grecia : pierre locale, dômes ronds, icônes byzantines. L'office byzantin y est célébré à certaines occasions.
Pour manger, la seule adresse du village est la Taverna Greca. Pas de menu imprimé : on sert ce qui a été préparé le matin, charcuterie de montagne, pecorino piquant et maccarruni, des pâtes fraîches roulées autour d'une tige de fer et servies avec une sauce à la viande de chèvre.
Comptez une vingtaine d'euros par personne pour un repas complet.
Staiti : le travail du genêt et l'église byzantine de Tridetti
Staiti compte environ 180 habitants, la commune la moins peuplée de Calabre. Le village est si resserré qu'aucune place ne permet de manœuvrer un véhicule imposant : garez-vous à l'entrée du bourg.
© Pannuccis / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Jusque dans les années 1970, les femmes de Staiti récoltaient le genêt, un arbuste à fleurs jaunes qui résiste à la sécheresse sur les pentes rocailleuses.
Les branches étaient bouillies dans la cendre puis battues sur les pierres des lits de rivière pour en extraire la fibre. Filée à la main, elle donnait un tissu rêche, couleur corde, utilisé pour les vêtements de travail et les sacs de grains.
À dix minutes de route du centre, en direction de Brancaleone, un panneau signale la chiesa di Santa Maria di Tridetti. Bâtie entre le XIe et le XIIe siècle en alternant briques rouges et pierres calcaires, elle se dresse au milieu des oliviers, classée monument national.
L'édifice n'a plus de toit, la visite est libre. Le silence n'est rompu que par les cloches des chèvres qui paissent autour de la maçonnerie.
Roghudi Vecchio : le village abandonné de l'Aspromonte
L'Aspromonte est balafré par les fiumare, des torrents larges remplis de cailloux blancs, à sec l'été. En hiver, l'eau dévale des montagnes avec un débit qui arrache les berges.
Certaines pistes traversent directement le lit de ces rivières à gué : impraticables l'hiver, recouvertes de graviers instables l'été.
© Motorpferd / Wikimedia Commons — domaine public
Roghudi Vecchio est agrippé sur un éperon rocheux cerné par les méandres de la fiumara Amendolea. Après les inondations de 1971 et 1973, le gouvernement italien a ordonné l'évacuation du village pour risque d'éboulement.
Les habitants ont été relogés sur la côte, à Roghudi Nuovo. L'ancien village est resté tel quel : maisons sans portes ni fenêtres, four à pain encore en place dans une cour.
L'accès direct se fait par une piste parsemée de nids-de-poule. Un point de vue sur la route principale permet d'observer le village depuis l'extérieur.
Pour explorer les ruelles de près, une excursion privée part de la Piazza Roma, à Bova, avec un guide officiel du Parc National de l'Aspromonte.
Sentiero de l'Inglese : la randonnée d'Edward Lear entre Amendolea et Bova
L'écrivain et illustrateur britannique Edward Lear a parcouru ces montagnes à pied en 1847, documentant la vie pastorale locale. Aujourd'hui, le Sentiero de l'Inglese reprend son itinéraire sur un trek de sept jours reliant les villages grécaniques.
L'étape entre le hameau d'Amendolea et Bova reste la plus accessible pour une seule journée de marche. Le sentier grimpe sur la roche calcaire à travers les champs de genêts et les figuiers de barbarie. La montée dure quatre heures et débouche sur la place pavée de Bova.
Le sol est sec et poussiéreux, sans source ni fontaine sur le trajet. Partez à 7h du matin en été, avec un minimum de 3 litres d'eau par personne.
Pentedattilo : le village aux cinq doigts près de Melito di Porto Salvo
Pentedattilo dépend de la commune de Melito di Porto Salvo, à quelques kilomètres de la mer, et sert souvent d'étape d'introduction avant de monter dans les hauts reliefs de l'Aspromonte.
Le village tire son nom du grec penta daktylos, cinq doigts : il est accroché au Monte Calvario, dont la roche forme cinq pics verticaux.
© Benjamin Smith / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Le village a été abandonné dans les années 1960 après des menaces d'éboulement. Depuis les années 1990, l'association Pro Pentedattilo a permis à des artisans de réinvestir les ruelles basses : ateliers de verre, de céramique et de bois, portes ouvertes sur la rue.
C'est un bon point d'arrêt pour de l'huile essentielle de bergamote, l'agrume cultivé dans cette bande côtière de la province de Reggio Calabria. Un flacon coûte entre 8 et 12 €.
- Parking : grand parking en terre en bas de la route, 2 € la journée
- Accès : escaliers en pierre depuis le parking, ruelles pentues exposées plein sud
- Meilleur moment : fin d'après-midi, quand le soleil rasant colore la roche
Que manger dans l'Aspromonte : lestopitta, chèvre et maccarruni
La gastronomie de la zone grécanique laisse le poisson à la côte. La viande de chèvre, le pecorino affiné et les herbes sauvages des pâturages dominent les tables de l'Aspromonte.
Le plat central est la lestopitta : une galette fine de farine et d'eau, sans levure, frite dans l'huile bouillante. On la mange chaude, enroulée autour de tranches de capocollo ou tartinée de nduja. On la trouve en antipasto dans la quasi-totalité des auberges de la zone.
Pour un repas complet, direction la vallée de l'Amendolea et l'Agriturismo Il Bergamotto, tenu par Ugo Sergi, ancien avocat reconverti dans l'exploitation familiale d'oliviers et de bergamotiers.
Le menu fixe tourne autour de 30 € : antipasti de légumes marinés, ricotta fraîche, maccarruni à la sauce de chèvre et viande mijotée au vin rouge.
Réservez par téléphone la veille. Le réseau mobile est quasi inexistant dans le fond de la vallée de l'Amendolea, mieux vaut prévenir la cuisine à l'avance.
Louer une voiture en Calabre pour rouler dans l'Aspromonte
Un SUV compact type Fiat 500X ou Jeep Renegade encaisse mieux les nids-de-poule et les fortes pentes qu'une citadine de base. Avant de réserver, notre guide de la conduite en Calabre détaille les règles locales et les pièges à éviter.
Comparez les loueurs présents à l'aéroport de Reggio Calabre avant de partir. Pour le vol depuis la France, comparez les tarifs Paris-Reggio de Calabre : les correspondances via Rome ou Milan restent plus fréquentes que les liaisons directes.
Planifiez vos trajets de jour. L'éclairage public s'arrête au dernier lampadaire des villages, et les sangliers traversent fréquemment les routes sinueuses à la tombée de la nuit. Redescendez sur la côte Ionienne avant le coucher du soleil.
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