Où voir les trulli ruraux : l’itinéraire hors d’Alberobello
Alberobello attire deux millions de visiteurs par an. Pour comprendre l'architecture paysanne des Pouilles, il faut prendre les routes secondaires de la vallée d'Itria.
Alberobello a un problème : son centre historique est devenu un centre commercial à ciel ouvert. Les cônes de pierre abritent des boutiques de souvenirs et des bars à vin. Pour voir des trulli dans leur contexte d'origine, en tant qu'outils agricoles, il suffit de s'éloigner de quelques kilomètres vers le sud.
Trulli ruraux dans la Vallée d'Itria : pourquoi ce sont d'abord des abris thermiques
Un trullo isolé dans un champ n'est pas conçu pour l'esthétique. C'est un abri logistique.
Les paysans des Pouilles le construisaient pour stocker leurs outils, abriter un animal ou dormir sur place pendant les semaines de récolte. En observant ces constructions sur le bas-côté des routes de campagne, on distingue la logique architecturale qui échappe aux touristes dans les villes.
© JP Vets / Wikimedia Commons - CC BY-SA 4.0
Les murs sont montés à sec, sans mortier, en superposant les blocs de pierre calcaire extraits directement du terrain. Cette double paroi de pierre bloque net la chaleur estivale.
Pour vérifier cette efficacité thermique, le mieux reste d'y passer la nuit. Évitez les rénovations qui ont percé de grandes fenêtres dans les façades historiques. Le Trullo Sereno, caché dans la Contrada Trito, a gardé ses murs aveugles et son toit d'origine, à partir de 120 € la nuit.
À l'intérieur, le silence est absolu. L'absence de grandes baies vitrées plonge les chambres dans une pénombre salutaire pour la sieste. L'inertie de la roche maintient la température à 24 °C en plein mois d'août sans climatisation.
En se garant sur les petites routes, on remarque que la plupart des trulli ruraux n'ont pas de pinacles travaillés ni de symboles peints à la chaux sur le toit. Ces éléments décoratifs sont des ajouts urbains ou résidentiels tardifs.
Les trulli ruraux sont bruts, gris, fondus dans la couleur de la roche environnante. Les lauzes de calcaire qui forment le toit, les chiancarelle, sont posées avec une légère inclinaison vers l'extérieur : l'eau glisse et la structure reste étanche avant de remplir la citerne souterraine.
Locorotondo : le paysage viticole des contrade
Locorotondo est bâtie sur un plan circulaire, perchée sur une colline. La ville elle-même est blanche, couverte de toits à double pente appelés cummerse, très différents des cônes d'Alberobello.
C'est en regardant en bas, depuis le belvédère de la Via Nardelli, qu'on saisit l'ampleur du territoire.
© Frankthroughtheglass / Wikimedia Commons - CC BY-SA 4.0
Locorotondo fait partie des "Borghi più belli d'Italia" et porte le Drapeau Orange du Touring Club Italiano, une distinction attribuée pour la qualité de l'accueil et l'accessibilité piétonne du centre historique.
Pour la vue, longez le lungomare : la petite rue qui fait le tour du sommet de la colline, à la limite du centro storico. En chemin, la Villa Comunale, un jardin du XIXe siècle, offre de l'ombre bienvenue en été.
La vallée d'Itria s'étend en contrebas, quadrillée par un réseau dense de murets de pierre sèche. Le cadastre local divise cette campagne en plus de cent quarante contrade, de petits hameaux ruraux dont les noms finissent souvent sur les panneaux de signalisation locaux.
C'est dans ces zones que la densité de trulli est la plus forte. Prenez la voiture et roulez sur les petites routes goudronnées qui partent de la base de la colline, par exemple vers la Contrada San Marco ou la Contrada Trito.
Le paysage ici est structuré par la vigne. Les ceps sont bas, palissés, cultivés sur une terre rouge vif, riche en fer. Le cépage dominant est le Verdeca, qui donne un vin blanc sec, très minéral.
Pour goûter la production locale, arrêtez-vous à la Bottega de I Pàstini, la boutique du domaine en plein centre de Locorotondo, comptez environ 5 € la bouteille de blanc Antico.
Autre option, l'Azienda Agricola Bufano, un vignoble sur les hauteurs du village où la dégustation se prend assis sur des sacs de jute, entre les rangs de vigne, avec la vallée en contrebas.
Les trulli émergent de ces parcelles géométriques. Contrairement aux habitations serrées d'Alberobello, les cônes se dressent en petits groupes de trois ou quatre, accolés les uns aux autres pour former une ferme.
Ils servaient de base de vie pendant les vendanges, permettant aux familles de rester sur place. Les routes d'accès sont étroites, souvent limitées à un seul véhicule en largeur, bordées au millimètre par les pierres.
Cisternino : la vallée vue depuis l'Aqueduc des Pouilles
Au sud de Locorotondo, en direction de Cisternino, le paysage change. Les vignes laissent progressivement la place aux oliviers.
Certains champs abritent des spécimens massifs, même si l'épidémie de bactérie Xylella a forcé l'abattage de nombreuses parcelles plus au sud vers le Salento. La vallée d'Itria résiste encore, et le vert grisâtre des feuilles d'olivier domine l'horizon.
La meilleure façon d'observer cette zone sans le bruit d'un moteur : une piste cyclable est aménagée directement sur le toit du plus grand aqueduc d'Europe.
Cette infrastructure souterraine achemine l'eau de la Campanie jusqu'au bout du talon de la botte. Le tronçon aménagé pour les vélos dans la vallée d'Itria s'étend sur une quinzaine de kilomètres, principalement entre Figazzano et Ceglie Messapica, en coupant à travers la campagne de Cisternino.
Le pont-canal de Figazzano est le point de départ logique : l'eau coule sous la piste.
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Le chemin est en gravier compacté, interdit aux véhicules motorisés, protégé par des rambardes en bois. Il serpente à mi-hauteur des collines entre les odeurs de fenouil sauvage.
Depuis la selle, la vue plonge sur les champs et les casali, ces rassemblements de trulli formant de petites cours fermées.
L'agence ebike Puglia, basée SP58 via per Alberobello à Martina Franca, loue des vélos à assistance électrique pour la journée : comptez environ 35 € selon la saison. L'assistance est indispensable pour remonter vers le centre-ville perché après la balade.
C'est sur ce sentier qu'on capte l'isolement de ces fermes. Les trulli abandonnés côtoient ceux rachetés et restaurés.
On lit l'histoire récente de la région sur les façades : les structures d'origine ont les pierres noircies par le temps et les ronces qui poussent dans les interstices, tandis que les rénovations récentes brillent par leurs joints nets au mortier et leurs piscines creusées dans la roche calcaire.
Martina Franca : la roche, les chênes et le bétail
Martina Franca tranche avec le reste de la vallée. Son centre historique est un labyrinthe d'architecture baroque, de balcons en fer forgé ventrus et de palais opulents.
C'est la ville la plus haute de la zone, à 431 mètres d'altitude. Son économie s'est historiquement construite sur l'élevage bovin et équin plutôt que sur la vigne.
En quittant Martina Franca par les routes provinciales SP58 ou SP53 en direction de l'ouest, on entre dans un territoire plus rude. La terre rouge disparaît sous les affleurements de roche blanche.
La forêt de chênes de Macédoine, le Bosco delle Pianelle, couvre les reliefs. C'est le domaine des grandes masserie d'élevage.
© Mastrocom / Wikimedia Commons - CC BY-SA 4.0
Dans cette zone, le trullo prend une autre fonction. Il n'est plus l'habitation principale, mais devient une annexe de la masseria. On trouve de grands groupes de cônes attenants aux cours fortifiées.
Ils servaient d'étables pour les chevaux de race Murgese, des animaux noirs et massifs originaires de ces collines, adaptés aux sols rocailleux. Les portes sont larges, prévues pour les bêtes, et l'intérieur cache des mangeoires taillées dans les blocs.
Pour approcher ces chevaux de près et comprendre l'organisation de ces domaines agricoles, réservez une table à la Masseria Sant'Elia, menu unique autour de 35 €.
Le dîner se prend dans la cour de l'exploitation, entouré des trulli de stockage. On y déguste le Capocollo de Martina Franca, une charcuterie de porc marinée au vin cuit et fumée à l'écorce de chêne de Macédoine, produite dans les environs immédiats.
Le climat change plus vite ici. Le vent s'engouffre dans les reliefs boisés, et les températures chutent dès 17h, même en plein mois de juillet.
Road-trip en Vallée d'Itria : itinéraire de deux heures en fin de journée
Pour s'immerger dans ces paysages ruraux, une voiture de location est indispensable. Évitez les SUV : optez pour une Fiat 500, une Panda ou un modèle compact équivalent.
Sur ces routes, les murets de pierre sèche effleurent souvent la carrosserie au croisement d'un tracteur. Prenez systématiquement l'assurance sans franchise lors de votre réservation sur Rentalcars. Il faut parfois reculer sur cinquante mètres jusqu'au croisement si une camionnette agricole arrive en face.
© Piccolina Adventures / Wikimedia Commons - CC BY-SA 3.0
Un itinéraire de deux heures permet de balayer ces trois zones sans se presser. Au départ de Locorotondo, descendez par la via Alberobello pour rejoindre la route provinciale SP134.
Cette petite artère coupe à travers les vignobles et passe devant des dizaines de trulli agricoles non restaurés. Bifurquez ensuite vers la SP17 en direction de Cisternino : la route s'élargit légèrement, les oliviers remplacent la vigne.
Après Cisternino, prenez la route secondaire SP61 vers Martina Franca. C'est une portion peu fréquentée, vallonnée, qui traverse les hameaux de San Donato et Capitolo. Vous passerez devant l'Ashram Bhole Baba, un centre de méditation installé ici depuis les années 80.
Pour les photos, utilisez les rares dégagements aux intersections : bloquer un chemin avec une Fiat 500 face à un agriculteur local est une expérience qu'il vaut mieux éviter.
Prévoyez le trajet en fin de journée, entre 17h et 19h. C'est le moment où le soleil rasant accroche le blanc de la chaux et allonge les ombres des toits coniques sur la terre rouge.
Les agriculteurs rentrent le matériel, et les routes se vident de la circulation locale. Gardez une carte hors-ligne sur votre téléphone : les zones blanches sans couverture réseau 4G sont nombreuses dès qu'on quitte le bitume des routes principales.
Si vous vous perdez dans le labyrinthe des contrade entre Cisternino et Martina Franca, ne cherchez pas immédiatement le GPS. Suivez les murets de pierre sèche : ils finissent toujours par s'élargir et ramener vers une route provinciale goudronnée.
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