Visiter Pentidattilo : Le fascinant village fantôme de Calabre
Un village accroché à une roche en forme de main géante, vidé de ses habitants dans les années 1960, et marqué par l'histoire la plus sanglante du XVIIe siècle calabrais.
La route grimpe en lacet depuis la mer Ionienne. La température baisse d'un ou deux degrés. Au bout du chemin, une formation de grès se détache sur le ciel.
La roche de grès ressemble à une main ouverte dressée vers le ciel : cinq doigts de pierre usés par le vent. C'est de là que le lieu tire son nom, Pentedaktylos, les cinq doigts en grec ancien. Encastré dans la base de cette main minérale, un amas de maisons de pierre sans toit s'accroche à la pente.
Pentidattilo ne ressemble à aucune autre étape calabraise. C'est un choc visuel immédiat, suivi d'un silence total dès qu'on coupe le moteur sur le parking en terre en contrebas.
Le village a été définitivement vidé de ses derniers habitants en 1968, sous la menace d'éboulements. Les familles sont descendues s'installer dans la vallée. Aujourd'hui, on ne vient pas ici pour une plage ou une trattoria animée. On vient pour l'isolement, pour fuir la chaleur de la côte pendant quelques heures, et pour marcher dans les ruelles d'un village maintenu en vie par une poignée d'artisans.
© laracchia / Wikimedia Commons — CC BY-SA 2.0
Histoire de Pentidattilo : le massacre des Alberti en 1686
L'histoire de Pentidattilo est figée à la date du 16 avril 1686. À l'époque, le village est un fief prospère dirigé par la famille Alberti. Le château, dont on devine encore les fondations au sommet de la roche, domine toute la vallée.
Le patriarche, le marquis Domenico Alberti, meurt. Son fils Lorenzo prend le titre.
L'affront du baron Abenavoli
À quelques kilomètres de là, dans le village de Montebello, le baron Bernardino Abenavoli veut épouser Antonietta, la sœur de Lorenzo, pour fusionner les deux territoires et asseoir sa domination sur toute la pointe sud de la Calabre. Lorenzo Alberti refuse : il promet sa sœur au fils du vice-roi de Naples, don Petrillo Cortes.
La décision est une humiliation publique pour le baron Abenavoli.
La nuit de Pâques 1686
La vengeance s'organise la nuit de Pâques. Bernardino Abenavoli achète le silence et la complicité de Giuseppe Scrufari, un serviteur du château des Alberti. Au milieu de la nuit, Scrufari ouvre discrètement les lourdes portes de la forteresse. Bernardino et ses hommes armés s'infiltrent dans les couloirs.
Ils trouvent Lorenzo Alberti dans sa chambre et l'abattent à coups d'arquebuse dans son lit. Les hommes de main d'Abenavoli parcourent les étages et assassinent la quasi-totalité de la famille, y compris un enfant de neuf ans, Simone. Seuls don Petrillo Cortes et Antonietta sont épargnés.
Bernardino enlève Antonietta, l'enferme dans son propre château à Montebello et la force à l'épouser le 19 avril devant un prêtre terrifié.
© David Sánchez Núñez / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0
L'armée du vice-roi réprime ce bain de sang quelques jours plus tard et force le baron à l'exil. En levant les yeux depuis la ruelle principale, on distingue encore les ruines du château, perchées sur le majeur de la main rocheuse.
Le souvenir dans la pierre
Aujourd'hui encore, les anciens de la région racontent que la forme de la montagne n'est pas le fruit de l'érosion. Pour eux, c'est la main sanglante de Lorenzo Alberti, figée dans la pierre au moment de sa mort, qui demande justice.
En hiver, quand le vent de l'Aspromonte s'engouffre dans les crevasses de la roche, le son produit rappelle une plainte humaine.
Comment aller à Pentidattilo depuis Reggio de Calabre
Le village se trouve à 30 kilomètres au sud-est de Reggio de Calabre. Le trajet en voiture prend environ 45 minutes. Vous empruntez d'abord la route nationale SS106, une quatre voies rapide qui longe la mer. Au niveau de la commune de Melito di Porto Salvo, un panneau brun indique la direction de Pentidattilo vers l'intérieur des terres.
C'est là que le trajet change de nature. La route provinciale grimpe sec sur huit kilomètres. Le goudron est souvent fissuré par la chaleur et les racines. Les trois derniers kilomètres serpentent à flanc de colline, avec des virages aveugles et une largeur qui dépasse rarement les quatre mètres.
© Salvatore Migliari / Wikimedia Commons — CC BY 3.0
Vous allez croiser des tracteurs, des camionnettes de producteurs de bergamotes, et parfois des chèvres en liberté sur la chaussée.
La réussite de cette étape dépend surtout du véhicule loué à l'aéroport. Sur un comparateur comme Rentalcars, filtrez les résultats pour exclure les SUV et les grandes berlines. Une Fiat Panda, une Lancia Ypsilon ou une Peugeot 208 sont les seuls gabarits qui permettent de serrer à droite sans transpirer lorsqu'un véhicule arrive en face.
Comptez 35 à 50 € par jour pour ce type de citadine avec une assurance complète. L'assurance sans franchise n'est pas un luxe en Calabre : les rayures causées par les figuiers de barbarie qui débordent sur la route sont fréquentes. Pour des repères sur les règles locales et le type de contrat à choisir, notre guide pour louer une voiture en Calabre détaille les pièges à éviter.
L'accès au village est interdit aux véhicules non résidents. Le stationnement se fait en contrebas, via la Strada Provinciale 108. Cherchez l'aire de terre battue qui sert de parking gratuit, à environ 300 mètres des premières maisons, puis terminez l'ascension à pied sur une route pavée très raide.
Visiter Pentidattilo sans voiture : l'excursion guidée
Conduire sur les routes secondaires de l'Aspromonte demande de la concentration. Si les croisements millimétrés en montagne ne vous tentent pas, ou si vous voyagez sans véhicule, un guide privé depuis Reggio de Calabre change la donne.
La visite démarre à l'église de la Candelora, traverse les anciens lavoirs du village, puis remonte jusqu'à la porte qui menait au château. Le guide y raconte la tragédie des Alberti et montre la chapelle funéraire de la famille dans l'église Santi Pietro e Paolo. Il explique aussi comment le village s'auto-suffisait en eau grâce à un réseau de citernes creusées dans le grès, un détail qui ne figure sur aucun panneau sur place.
Que voir à Pentidattilo : église, ateliers et ruines du château
L'abandon des années 1960 aurait pu réduire Pentidattilo à un tas de pierres. Les toits d'origine, couverts de tuiles canal, ont pour la plupart cédé sous le poids des années. Mais depuis une vingtaine d'années, des bénévoles et des artisans locaux consolident les murs et réhabilitent quelques pièces.
En arrivant sur la petite place principale, on tombe d'abord sur l'église Santi Pietro e Paolo. Son clocher carré, restauré récemment, tranche avec la roche grise en arrière-plan. À l'intérieur, la nef est dépouillée, mais on y trouve les tombes de la famille Alberti, scellées dans le sol.
L'intérêt de la visite est de se perdre dans l'unique rue pavée qui serpente entre les maisons éventrées. Les murs sont montés à sec, liés avec un mortier pauvre de terre et de chaux. Plusieurs de ces bâtisses accueillent aujourd'hui des ateliers.
Dans l'un d'eux, l'odeur résineuse du bois d'olivier fraîchement coupé envahit la pièce sombre : un sculpteur travaille à la gouge et au tour, transformant des branches tordues en bols et cuillères aux courbes irrégulières, sans aucun moule industriel. Un peu plus loin, un atelier de céramique expose des assiettes vernissées aux motifs de poissons et d'agrumes typiques de la côte ionienne.
Les prix des objets varient de 5 à 40 €. Acheter une pièce ici finance directement l'entretien des ruelles.
Tout en haut du village, un petit chemin de terre glissant mène aux ruines du château féodal. Il ne reste que des pans de murs recouverts de lierre. Depuis ce point, la vue porte sur toute la vallée de Sant'Elia jusqu'à la mer.
- Museo delle tradizioni popolari : entrée à 2 €, sous réserve de présence des bénévoles
- Aucun distributeur ni épicerie sur place, juste un petit café associatif qui ouvre de façon irrégulière
- Prévoyez votre eau avant de quitter la côte
Où dormir près de Pentidattilo : Melito di Porto Salvo ou Reggio de Calabre
Il est impossible de dormir dans le village historique. Les quelques lits disponibles sont des refuges spartiates réservés aux marcheurs de longue distance qui parcourent le Sentiero dell'Inglese à travers le parc national de l'Aspromonte.
Pour une nuit confortable, il faut redescendre sur la côte.
© Benjamin Smith / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0
Melito di Porto Salvo offre plusieurs B&B récents à moins de 500 mètres de la plage, comptez entre 60 et 85 € la nuit sur Booking. C'est une halte logique si vous continuez ensuite vers la côte ionienne est.
Après 45 minutes de route en sens inverse, le contraste est total : le Lungomare Falcomatà de Reggio de Calabre s'anime dès 20h avec ses terrasses face à la Sicile. Les chambres doubles dans le centre historique oscillent entre 80 et 120 € la nuit en haute saison sur Booking.
Pentidattilo se visite en fin d'après-midi, vers 17h30. La roche de grès capte la lumière déclinante et prend une teinte orange foncé. Les ombres s'allongent dans les ruelles vides et la température redevient supportable pour grimper jusqu'aux ruines du château.
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